Skip to main content

Full text of "Antar: conte héroïque en quatre actes et cinq tableaux"

See other formats


Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automatcd qucrying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send aulomated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project andhelping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep il légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search mcans it can bc used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite seveie. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while hclping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http : //books . google . com/| 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public cl de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //books .google. com| 



CHEKRI GANEM 



ANTAR 



» • • 



CONTE HEROÏQUE EN QUATRE ACTES ET CINQ TABLEAUX 



iMusique de 

GABRIEL DUPONT 



Prix net : 




PARIS 
AU MÉNESTREL, 2 ^15, rue Vivienne (2*^), HEUGEL 

ÉDITEUR-PROPRIÉTAIRE POUR TOUS PAYS 

..oitsde rcproduciion, de traduction, d'arrangement et de représentation 

réservés en tous pays 

Copyright by H eu gel 1921 



CHEKRl GANEM 



ANTAR 



CONTE HËROigUE EN QUATRE ACTES ET CINQ TABLEAUX 



Musique de 

GABRIEL DUPONT 



PRIX NET : 1 FR. 50 



PARIS 
AU MÉNESTREL, 2 biSy rue Vivienne (2^), HEUGEl. 

ÉOITEUR-PROPRII^TAIRS POUR TOUS PAYS 

f droits de reproduction, de tradactloQ, d'arrangement et de repréftentation 

réservés en tous pays 

Copyright t} -iJUtOKL nj2i 



PERSONNAGES 



ANTAR r&nor. 

CHEYBOUB, frère utérin d'Antai- Baryton, 

MALEK, émir des Béni-Abs, père d'Abla . . Basse, 
AMARAT, émir, concurrent d'Antar à la 

main d'Abla Baryton, 

ZOBEIR, cbef d'une tribu ennemie des Béni- 

Abs Ténor. 

UN VIEUX BERGER Basse. 

PREMIER BERGER Ténor. 

\>EUXIÊME BERGER Baryton. 

UNE VOIX DE PATRE (couUsse) Ténor. 

D'AUTRES CHEFS ET GUERRIERS .... 
BERGERS — JOUEURS DE SABRE .... 

ABLA, fille de l'émir Malek Soprano. 

LA MÈRE D'ANTAR Mezzo- Soprano. 

SELMA, suivante d'Abla Mezza- Soprano. 

T f Ti a' ( Autres suivantes d'Abla . . . . ■ oprano. 

LEILA, ) ( Soprano. 

FEMMES de la Tribu des Beni-Abs.A^. . . . 

DANSEUSES et CHANTEUSES 



L'acUoa se passe en Arable, avant l'Ialam, au V^ siècle 

de l'ère chrétienne. 



I» I •! 



ACTE PREMIER Le Désert. 

ACTE DEUXIÈME, i«' et 2« Tableaux . . . L'Oasis. 

ACTE TROISIÈME 

et ^ ... Un Défilé dans la Montagne. 

ACTE QUATRIÈME 



Pour tout ce qtii concerne la représentation j la location de la 
partition et des parties d'orchestre, des parties de chœurs, de ta 
mise en scène ^ des dessins y des décors et ^ costunm, 

S'adresser eaxlusivemeiit à M. HEUGEL, Au Ménestrel, 2 bis, 
rue ViviennCf Paris (2^) y seul éditeur 'propriétaire pour tous pays. 



Les représentations au piano, même fragmentaires, 
sont formellement interdites. 



H,, 27.747 



ACTE PREMIER 



La scène représente le désert. Ce sont des dunes à perte de vue, au 
pied desquelles croit une Tégétation maigre et rabougrie de lentisque, 
chardons et de quelques palipiers très disséminés et courl)éff far (es 
vents. 

Adroite, rorée de Toasis; un puits primitif entouré de palmiers ver- 
doyants. Autour du puits, du côté du désert, le terrain est caillouteux 
et semé, au moment de l'action, de selles de chevaux, d'armes 
éparses, etc. Des chevaux échappés et qu'on ramène, s'ébrouent et 
piaffent, pendant que des bergers font tourner la noria du puits et 
donnent de l'eau à ceux qui viennent de combattre. 

C'est l'après-midj. 



SCÈNE PREMIÈRE 

Guerriers et Bergers, le Tieu Berger, pim Cheybonb, 

puii Quelfues Glieb. 

Au lever du rideau, clameurs^ cris guerriers, tumulte, Antar, 
portant Abla dans ses bratf traverse la scène de gauche à droite. 
Il est suivi de Cheyboub et de deux bergers tenant Zobeir enchaîné. 
Ce groupe disparaît derrière Anlar, dans l'oasis, PuiSy à distance,, 
arrivent des bergers, dont le nornbre augmentera graduellement à 
mesure que l 'action se déroulera. 

Premier Berger. 

Quelle force 1 As-tu vu? D'un coup il terrassa 
Cheval et cavalier... 

9emièp0 Berger. 

Puis il déseulaça 
La fille de Malek, qu'on emportait en croupe... 



-8- ! 



Premier Berger. 

Mais, avant, J'avais vu, comme une herbe qu'on coupe. 
Tomber les ennemis sous son sabre tordu... 

Les Bergers. 

Et son rugissement, Tavez-vous entendu, 

Quand Abla lui cria de venir à son aide? 

Ah I il fallait le voir, écumant, bondissant. 

Son grand corps noir couvert de poussière et de sang! 

Qael(iae8 Guerriers. 

Un cavalier fonçant sur lui culbuta raide. 
Car le sabre d*Antar, lancé comme un bâton. 
L'avait atteint au cou, juste au ras du menton. 
Puis il bondit, faisant autour de lui le vide. 

Les Bergers. 

Mais Zobeir s'éloignait sur un cheval rapide. 

Et, sans Cheyboub, je crois, amis, qu'il serait loin. 

Bergers, autour du puits. 
Cheyboub?... 

Deuxième Berger. 
Mais oui! Plus d'un de nous en fut témoin... 

Premier Berger. 

...Il partit comme un trait, tout droit, à sa poursuite, 
Atteignit, dépassa bientôt Zobeir en fuite... 

Deuxième Berger. 

Lui barra le chemin, le harcela, lui fit 

Perdre un temps précieux qu'Antar mit à profit, 

Vous savez tous comment... 



— 9 — 

Premier Berger. 

Oh 1 les deux braves frères, 
Il est béni le sang qui court dans leurs artères! 

Le Yieu Berger. 

Zobeir, Zobeirl ce grand guerrier. 
Cet invaincu, cet indomptable, 
Vous l'avez vu mordre le sable 
Et devenir son prisonnier! 

Cheyboab, venant de roasis. 

Nos émirs rentrent de la chasse 
Pour apprendre le grand danger 
Que vient de courir, en leur place. 
Celui qui n'est que leur berger. 
Malek, dont la fille est sauvée, 
Amarat, futur possesseur 
De cette perle retrouvée. 
Maudissent pourtant son sauveur. 
Ils ont peur de sa jeune gloire. 
Dont l'éclat leur blesse les yeux ; 
Aucun acte n'est méritoire 
Fait par un berger, non par eux. 

Lee Bergère. 

Vive Antar, dont la jeune gloire 
Met de la fierté dans nos yeux ! 

Cheyboab, aux bergers. 

Eh! les amis, quant au butin. 
Il est à vous, a dit mon frère, 
Tout entier comme à l'ordinaire... 

Antar ne garde rien, 

Sauf Zobeir et sa lance. 

1, 



- 10 — 

DoiMâèsie Btraar. 

Ah ! que le oiel le récompense ! 

Cheyboab, au puit$; Use lave les mains et boit, 

Et maintenant, je vais me rafraîchir enfin. 

Un peu d'eau» c'est tout mon butin ; 
Coucher tard, se lever matin> 

Faii« la guerre, 
C'est la volonté de mon frère. 
Qu'y faire? 
Berger, c'est son métier; se battre, son destin; 
N'avoir jamais ni feu, ni bien; 
Gagner beaucoup, ne garder rien. 

Faire la guerre, 
C'est la devise de mon frère. 
Qu'y feire? 

Quelques Chefs, survenant. 

Nous lui devons tout, aujourd'hui. 
Et voulons payer son appui I 
Que lui reste*t-il donc à lui 
De sa victoire? 

Gheyboub. 
La gloire ! 

D'autres CbQfs. 

Toi, son frère, dis-nous enfin, 
Veux-tu de la poudre d'or fin. 
Des juments, de l'encens syrien, 
Ou de l'ivoire? 

Cheyboab, riant et buvant» 
Moi, je veuxboiypl 



— 11 — 

(De l'oasis tnonte une lointaine clameur de fête et de victoire,) 

Gheyboob, prêtant roreille. 

Criez, chantdi I Bientôt la mettre 
Vous punira de V09 obao^nsl... 

Los Bergers. 

Malek pourra<-t-il méooanattre 

Tout ce qu'au vainqueur nous devons? 

Gheybonb. 

Naïfs I ce qu'Antar vient de faire, 
De Malel^ douille le soiiqi.,. 

Le Tienx Berger. 
Pourtant il est fils de son frère. . . 

Gheyboub. 

Mais sa mère est la niienne aussi... 
A toi, faut-il donc qu'on apprenne. 
Qu'un enfant, né d'un sang pareil. 
Quoi qu'il fiasse et quoi qu'il devienne, 
Ne peut avoir place au soleil? 

Le Vieux Berger. 

Enfin, Malek lui doit sa fille I 

GheybOttb, riant et jouant sur le mot. 

Si le jeune émir y consent... 

(Montrant Malek venant lentement de Voasis avec Amarat, Quel" 
ques chefs leur font escorte,) 

D'ailleurs, regardez comme on grille 
De se montrer reaonnaiastntt 



— 12 - 

Les Chefs, véhénienU, 

Qulmportel Nous voulons, nous autres, 

Ce soir. 
Ici, devant vous et les vôtres, 

Le voir. 
Nous voulons, enfin, de lui-même. 

Savoir 
Ce qu'il souhaite et ce qu'il aime 

Avoir. 



SCÈNE II 

Les Précédents, Malek, Âmarat. 

Malek, à Amarat, 

Ma fille, je te Tai promise. 

Et tu Tauras malgré leurs cris... 

Amarat. 

Tu peux disposer à ta guise 

De mes richesses pour son prix... 

Halek, s'avançant vers les Chefs et les Bergers. 

On m'a dit que, dans notre absence, 
Antar, le berger, fut parfait 
Et qu'il mérite, à cet effet. 
Récompense. 

Cheyboub, hautain et narquois. 

Sa récompense, émir, est d'avoir réussi 

A nous permettre, à tous, de nous trouver ici : 

Tel émir retrouvant sa fille; 

L'autre, son bien et son troupeau ; 

Un autre, intacte sa famille; 

Et nous, intacte notre peau I 



— 13 — 

Amarai. 
Quelle allure et quelle insolence! 

Gh^ybonb, à Makk, 

Voilà comment, en votre absence, 
Il fut parfait. Cela vaut-il ta récompense? 

Amarat, examinarU dédaigneusement Cheyboub, 

Quelle audace! Et quel pauvre aspect! 
C'est trop nous manquer de respect ! 
Tu n'es pas Antar? 

Gheybonb, se contenant. 

Oh! non, certes! 
Ce serait, mon émir, ta perte 

Si j'étais lui. 
Mon burnous seul au sien ressemble, 
Tous deux se sont battus ensemble 

Tout aujourd'hui. 
Et s'il montre ses déchirures, 
C'est qu'il les prend pour des blessures; 

Mais il a tort : 
Pour parler sans qu'on le rudoie, 
Il faut qu'il soit tissé de soie 

Et brodé d'or! 

Les Bergers. 
Bravo, Cheyboub! Ha! Haï bien ditl 

Gheybonb, à ses vêtements. 

Non, non, silence! 
Devant ces burnous d'opulence, 
Hardes faites à coup de lance. 

Comme un tamis! 



— 14 — 

Vous avez trop d*ycux, trop d oreilles 
Pour prétendre avoir oe^ merveilles 
Qu'on nomme : amis! 

Bergers, Guerriers et plusieurs Chefs. 

Bravo, Cheyboub! 

Gheyboub. 

Bravo pour Antar, mes amis ! 
Ce que je dis de beau, de bien, c'est son semis 
Qui, chauffé par le coeur, pousse dans ma mémoire. 
Je suis l'écho d' Antar, et c'est toute ma gloire! 

(Cheyboub est entouré paar 1$$ guernen, les bergers et par quel- 
ques chefs,) 

Amarat, à Malek. 
Tu laisses faire et dire? 
Malek. 

Il nous faut paraître en sourira 
Pour des hommes de notre raag. 

(Il s^avanœ du û&U des bergers, sê méUm,t à eux.) 

Bergers, l'on se méprend. 

Antar a le suffrage 
De tous ; le mien n'est pas le dernier, je l'engage. 
Qu'il vienne, et qu'il nous dise en mots nets ce qu'il veut. 
Pour moi, je suis tout prêt à pontenter ses vœux! 

Gheyboub, monté sur la margelle du puits. 

Il arrive! 

Tous ensemble. 
Ah! 

Aniara^, à Malek. 

Tu t'engages trop I 



— ir» — 

Laisse faire ! 
Amtrat. 
C'est toi qui vas payer pour tous ! 

W9}ek. 

4^ le préfère. 

Âmarat. 
Comment ? 

Malek, morUrmt V accueil général fait à 4f?tor. 

Eh I ouiy je puis ainsi parer le coup, 
Tandis que ceux-là, vois, ils lui donneraient tout ! 

La Fonle. 

Antar I Antar 1 Salut à toi ! 

Antar est notre force ! 

Salut au seul vainqueur ! 

Du chêne il est le cœur, 

Nous en sommes Técorce. 
Antar I Antar ! Salut à toi. 

SCÈNE III 

Les Précédents, Antar. 

(Antar, en costume de berger , allure fière et un peu muva^ey 
arrive de Voam au milieu de la foule, qi^i s'ouvre à ^pn passage,} 

La Foule. 

Antar ! Antar ! bénis sois-tu I 
Toi dont le bra^ nous a rendu : 
L'honneur perdu... Bénis sois-tu 1 
{Chefs et bergers se partent ims Àntar^ MaUk les smti) 



— 16 — 

Malek. 

Tu viens de l'illustrer, Antar, en notre absence, 
Et de nous imposer, chacun ici le pense, 
Le devoir de chercher à t'en récompenser. 

Pour prix de ta belle victoire, 

Dis-nous, Antar, ce que tu veux. 

Nous mettrons toute notre gloire 

A satisfaire tous tes vœux. 

Antar, à Malek. 

Je ne viens pas demander un salaire, 
Mais simplement, pour te complaire. 
Te mener Zobeir. Le voici. 

(// montre Zobeir, les bras liés.) 

Cet homme osa passer ton seuil en ton absence. 
J'ai su punir son insolence 
Et je le livre à ta merci. 

(Il pousse Zobeir devant Malek, qui s*en empare et le remet à 
des hommes à lui. Antar va rejoindre le groupe des bergers.) 

Malek. 

Près d'ici qu'on l'emmène 
Et qu'on veille sur lui ! 

Zobeir, entraîné par ses gardiens. 

Ah I bijustice humaine ! 

Honte 1 Honte ! sur tous ! 
Sur les fils d'Abs, sur leurs combattants et sur vous, 
Emirs, qui, loin des coups qu'un vil esclave affronte. 
N'avez pu fuir la mort que pour boire la honte ! 

Amarat, sur le geste de colère de Malek. 

Il paiera cher ces mots. Avant qu*il ne soit tard, 
Il ne haïra plus qu'un homme au monde : Antar ! 



— n — 

Le Vieux Berger, «e détachant du gnmpe des bergers, 

un grand silence se fait. 

Ce n'est pas un salaire^ Antar, qu'on te propose. 
Un fils du roi Moundhir ne gagna qu'une rose. 
Dit-on^ quand il battit le grand guerrier Menhir, 
Et chacun n'a-t-il pas une rose à cueillir ? 

Antar. 

Ma rose n'est qu'un rêve, un rêve insaisissable. 
Le tueur de lions n'est pas un indomptable. 
La timide gazelle, avec ses yeux de nuit, 
En a parfois raison... 

Malek. 

Dis ton rêve. 

Antar. 

Il s'enfuit. 
Comme tout rêve... et laisse après lui, sur les choses 
Qu'il effleura, l'arôme et la couleur des roses. 
Réaliser un rêve, est-ce en votre pouvoir ? 
...Ah ! s'il pouvait au moins devenir un espoir ! 

Le Vieux Berger. 

De nous, qu'il soit berger ou maître, 
Quelqu'un peut-il t'aider?... 

Antar. 

Peut-être ! 

Malek, ironique. 

Et quel est-il donc, cet homme? Est-ce un roi? 
Il n'en est pas, hélas I parmi nous ! 

Antar, au milieu du silence. 

Non, c'est toi ! 



— 18 - 

Malak. 

Moi ? Mais plus de vingt fois tu refusas mes offres, 
Et Tor et l'argent de mes coffres I 
De moi, que veux-tu donc avoir? 
Je ne puis fttire davantage... 

Les Chefs, à Malek. 

Comme nous, ton serment t'engage ; 
Son désir, pour nous tous, est un devoir I 

■ é 
Amarati à Malek. 

Voilà le fruit de ta folie ! 

Antar, édatant. 

Non, non, de vos serments. Émirs, je vous délie ! 
Autant, et plus qu'à vous, ils me deviennent lourds. 
On les a fait survivre à tort à vos discours. 
Oubliez-les î je les oublie ! 

(Stupéfaction générale,) 

Ghaybonb. 

C'est bien de lui, c'est fou ! mais c'est fort séduisant. 
Alors, garde ton rêve... 

Aiitar, avec forcer 

Au contraire ! à présent 

Je respire plus librement I... 
Vos liens sont tombés ; dans la lice, je rentre. 
Mon cœur, tel un lion qui fait trembler son antre 

De son long rugissement. 
Fait trembler tout mon corps de ses (jriQ d'allégresse, 
Et va rugir, enfin, le secret qi|i l'oppresse... 

Non, non, mon cœur, plus doucement ! 

Mon cœur, fais que ta voix s'abaisse. 

Fais d'elle un souffle, une caresse, 



— 19 — 

Qu^elle soit toute de tendresse 
Pour arriver jusqu'à son nom î 
Fais comme le simoun qui laisse 
Aux déserts toute s^. nidesse, 
Et, fort ainsi de sa feiblesse^ 
Vient dire aux palmiers sa chanson ! 
Doucement dis ce que j'espère. 
Dévoile notre cher mystère, 
Et dis au frère de mon père 
Que je ne souhaite qu'un bien ; 
Que ce bien est Tastre qui brille 
Dans le cjel bleu de sa famille, 
Que c'est Abla, sa noble fille. 
Hormis elle, je ne veux rien. 

Amarat, à Malek, 

Émir, ta fille m'est promise, 
Et mon rang au tien est égal. 
Je ne veux pas, quoi qu'oa en dise, 
Avoir cet homme pour rival . 
C'est un berger... 

Ii8 Vieu^ Ptryer. 

Qu'étaient naguères 
Les aïeux dont vous descendez ? 
J'ai mené, moi, vous entendez, 
l^es troupeaux avec vos grands-pères ! 

Premiar Berger. 

C'est un nom, jeune ami, qu'on porte avec fierté, 
Car il enferme en lui le talisman sacré 

De notre liberté ! 

Denziàme Berger. 
Le meilleur rang n'est pas celui dont on hérite ! 



— 20 — 

Les Bergers, très suresKités. 
Bravo! 

Cheyboub. 

Si la leçon est dure^ il la mérite. 
Qu'il couse donc sa bouche I On n'entend que sa voix 
Qui grince... 

Malek, conciliant. 

Alors, Antar, ton amour, je le vois, 
Date moins que d'hier. Il est d'aujourd'hui même. 

Antar. 
Non, émir, c'est depuis... oui, toujours que je Taime ! 

Malek, vivement. 
Je l'ignorais... 

Antar. 

Mais nul au monde ne savait. 
Avant ce jour, mon doux secret... 
Je ne le disais pas à moi-même à voix haute. 
Je le gardais, jaloux, comme Ton garde un hôte... 

Malek. 

Cet amour, de ton cœur a tout à coup jailli 
Sans raison ? 

Antar. 

Tout enfant, un soir, je l'ai cueilli 
Dans les champs bleus du ciel, au milieu des étoiles. 
L'oasis, ce soir-là, frissonnait sous ses voiles 
De verdure ; et, rêveur, sur le sable, étendu, 
J'attendais là l'inattendu. 
Je vis alors, troublant mystère, 
Paraître en même temps, au ciel et sur la terre. 
Deux astres : l'un, du fond lointain de l'horizon, 
l'autre, au seuil de ta maison. 



— il — 

Ces deux clartés étaient Tune à l'autre semblables, 

Et toutes deux, pour le berger, insaisissables. 

Mais j'aimais... Quoique enfant, l'amour fouilla mes flancs. 

La vie à mes yeux piit un sens 
Nouveau, un doux parfum fit frémir ma narine. 
Et je sentis mon cœur grandir dans ma poitrine. 
Et c'est cette nuit-là que vraiment je naquis. 

Depuis, si je vous ai conquis 
Des champs pour vos troupeaux, si j'ai fait ce prodige 

De rétablir l'ancien prestige 
Des fils d'Abs, ce n'est pas pour augmenter mes biens. 
— Je suis pauvre, on le sait, et pauvres sont les miens. — 
C'est pour elle, Malek, pour m'élever vers elle, 
Pour être le plus grand comme elle est la plus belle ! 

Amarat, à Mcdeky pendant que Von entoure Antar, 

La perle du désert à cet homme de rien ? 
Cela n'est pas possible, allons ! 

Malek, à Amarat, 

Et le moyen 

De refuser ? 
Mais laisse... Antar court à sa perte. 
L'occasion nous est offerte. 

Il faut ruser... 

(S'atfançant vers Antar,) 

Antar, j'accède 
A ton désir et veux combler tes vœux. 
Oui, devant ton amour je cède 
Sois heureux ! 

Gheyboab, à part. 
C'est trop vite, il me semble. 



— îi — 

Lei Ghelt. 
C'est bien, Émir Malek ! 

Tons. 
C'est bien ! 

Cheyboûl), à part. 

Bien ! moi, j'en tremble... 

Alitar, très jeune, trèà enihoutiaite. 

C'est vrai ? Tu consens?... Ah 1 je bénis ta bonté I 
Le prix d'Abla doit être ^al à sa beauté, 
À mon amour pour elle ainsi qu'à ma fierté. 

Mâlék. 

Alors, je vais répondre à ta fierté native ; 
Les filles ont, chez nous, une chanson naïve 
Que tu connais... Jamais fille ne put avoir 
Ce que ses rimes d'or lui firent enti*evoir. 

(Désignant une femme dam la foule*) 

Selma! 

Selma. 
Maître ? 

Malak. 

Dis-nous la chanson que tu chantes 
A ma fille, et qu'autour du puits et dans les tentes 
Les filles de chez nous fredonnent... 

8611118} embaffoêsée. 

Je ne sais... 
Ifaltk. 

Comment ! tu ne sais pas la chanson des souhaits ? 



— 23 — 
Selma, comme malgré elle, 

» Chamelles azaphirs 

)) Aut colHèrt de saphirs, 

» A la toisoti de neige, 

» Me les amènera 

» Celui qui m'aimera, 

y Pour être en mon cortège. » 

Antar. 
Je réaliserai la chanson... 

Le Vieux Berger. 

Mais c'est fou ! 

Antar. 
N'importe 1 C'est promis! 

Gheybeubi à part, 

La l'use est un peu forte ! 

Aniar, d Makk, 
Est-ce tout ? 

Selma, sur un geste de Makk. 

« Pour mes sombres cheveux 
) Piqués d'astres, je veux 
» Que le guerrier que j'aime, 
» Ravissant au Persan 
» La couronne en croissant, 
» M'en fasse un diadème I » 

(Elle rejoint ses cofnpagnes en pleurant,) 

Le Vieux Bergef . 
Mais, Emir, ce n'est là. qu'une chanson... 



— «4 — 

AnUr. 

N'importe î 
Sa bouche a dû parfois la murmurer, de sorte 
Que de ce rêve, par un poète conté, 
Mon amour aura fait une réalité. 

(Stupeur, silence. A Makh,} 
Si je reviens avec ce prix royal?... 



Malek. 



jure, 



Abla t'appaitiendra. 

Antar. 
Le délai que m'assure 



Ton serment ? 


« 




Six 


Malek. 

ans. 

Antar. 






Bien! Adieu... je 


reviendrai. 


Tu vas à la mort! 


Le Vieux Berger. 

Antar. 

Non ! 





Le Vieux Berger. 

Puisses-tu dire vrai I 

Antar, aux bergen. 

Amis I je reviendrai, fidèle à ma promesse. 
Vers le bonheur, Tamour, la gloire et la richesse. 

J'ai déjà fait un premier pas. 
Je l'ai dit à Malek : je veux monter vers elle, 
Devenir le plus grand comme elle est la plus belle 

Pour qu'elle ne descende pas ! 



— 25 — 

Chefs et Bergers. 

AdîeU; que le ciel te conduise 
Et qu'il éclaire ton chemin I 
Qu'il te ramène par la main 
Avec la fortune promise ! 

(Malek et Amarai, suivis de leur escortey quittent la scène, Ias 
autres chefs les suivent, puis la foule des bergers et des femmes 
s'écoulent lentement vers l'oasis.) 



SCÈNE IV 
Antar, Clieyboiib, la Mère d'Antar, puis Abla et Selma. 

La Mère d' Antar; c*est une femme du peuple habillée pauvrement ^ 
mais belle malgré son teint de mulâtresse. 

Tu pars^ mon fils I Où vas-tu donc? 
Ton regard luit comme une flamme. 
Ta main treml)le, et pâle est ton fix>nt ! 
Où vas-tu donc ? Où vas-tu donc ? 
mon petit, mes yeux, mon âme I 

Antar, la prenant dans ses bras et la réconfortant, 

Adieu> mère î Je vais où va 
L'aiglon qui sent pousser ses ailes. 
Mais, ainsi que les hirondelles, 
Au nid, ton aiglon reviendra. 

(Du fond de l'oasis vient une théorie de jeunes filles allant au 
puits, des jarres sur la tête, Abla est au milieu d'elles, s'appuyant, 
comme brisée y sur les épaules de deux de ses coinpagnes, parmi 
lesquelles Selma.) 

2 



— 20 ~ 

Là-bas, sur l'horizon qui brûle, 
Le soleil doucement de^epd 
Et teint tout le disert de sang 
Avant rheure du crépuscule. 
Et le jour, pas à pas, recule 
Devant l'envahissante nuit. 
Pressons le pas, allons au puits 
Avant l'heure du crépuscule. 

Antar, à part. 

Pour un cœur tendre, un cœur aimant, 

L'émotion est un suplice ; 

Il ne faut pas que je faiblisse... 

(A C/i^èotfbJ 

Cheyboub ! je pars dans un moment ! 
Es-tu prêt, partout, à me suivre. 
Ou l'aventure te fait peur ? 

Chtyboab. 

Je n'ai qu'un frère et n'ai qu'un cœur, 
Et l'un, sans Tautre, ne peut vivre. 

(Une mélopée lente et plaintive s'élève. C*est la voix d'Abla, 
Antar tressaille et reste immobile , muet de surprise et d'émotion, 
près de sq, mère e^ d^ Che^bo^b*} 

\^^% Jeupes Fillei». 

Le désert, à cette heure, ondule 
Comme un champ fauve dç mais, 
Pendant qu'au fond de l'oasis 
Eutre déjà le crépuscule. 

[fje^ jei^nes filles, aya^it jpui^é de feat^, s*ei} f^iown^^ pçrs 
f oasis. 4^f (^percevant Antar et l^ siens^ fait signe 4 Selv^ de 
rester et s* avance vers eux. ' 



— -27 — 

La Mère, à Ablû, malgré te geste d\intar, 
qui vent la retenir. 

Approché et jolhs, jô t'eti feupplic, 
Ta voix d*ainourêUse dU de fideur ; 
Ton père veut que ton sauveur 
Pour te gagner dontié âa vie. 
Il party il tâ> je nô éais où, 
A la mort, à la tmti eèrtàihe. 
Abl joins ta prière â la tnieiiue 
Et fais qu'il reste auprès de nous. 

Abla, à Antar, 

Ne m'as-tu pas déjà gagnée^ 

Et vas-tu me laisser baignée 

De pleurs, de regrets, de remotds ? 

Né tels |)àd hotre attioiir coupable 

En le rendant inséparable, 

De ma mort comme de ta mort. 

Antar, à part, 

Ijes deux anlours, les detix tendresses 
Déchirent mon coËur jusqu'au sang ! 
Et devant elles je me sens 
Gagné par toutes les faiblesses. 
(Prenant les deux femmes dafis ses bras,) 
Ma douce étoile, et toi, mère, soyez sans crainte, 

Votre amour me rend fort. 
Mon Ix)uclier est fait de votre image sainte, 

Et je vaincrai la mort. 
J'étais l'humble ruisseau (}ui coulait goutte à goutte, 
On en fait un torrent eti lui barrant la i^oute. 
Je sens gronder sa force en moi ! 
Adieu! Tu vins jusqu'au berger, sans honte: 
Il faut qu'à préàent^ ce feoit hioi qui motite 
Jusqu'aiit étoiles j jusqu'à toi* 



— 28 — 

Partir, c'est te gagner 
Et garder ma foi pure ! 
Rester... de toi, c'est m'éloigner, 
Car je serais parjure. 

Abla. 

De ton amour maintenant je suis sûre. 
Val pars I Je t'attendrai. 
Et, dans mon âme pure, 
Ton image je garderai. 

La Mère. 

Pourquoi courir ainsi vers l'aventure? 
Va ! pars I Moi, j'en mourrai I 

(Antar et Abla échangent le baiser des adieux ^ bavier chaste sur 
le front,) 

Antar. 

Adieu I De ce baiser, ah! la douceur exquise ! 

Son goût de miel descend dans mon âme et la grise. 

Fais, ô ciel ! qu'en mon être entier il s'éternise ! 

Abla. 

Adieu ! Sans ce baiser, j'étais déjà conquise. 

La Mère. 
Adieu ! De ton départ, mon fils, mon cœur se brise ! 

Gheyboub. 
A bientôt l'heure blanche, après cette heure grise. 

Antar. 

Ah ! que demeure en moi le goût de ce baiser, 
Pour que la soif du cœur y trouve à s'apaiser... 



— 29 — 

(Le crépuscule est peu à peu tombé pendant cette dernière scène. 
Une voix de pâtre s^élève au loin,) 

(Les deux hommes, Antar suivi de Cheyhoub, gagnent lentement 
le désert, tandis qu'Abla, appuyée sur V épaule de Selma, et la 
mère, pleurant, les regardent tristement s'éloigner.,,) 



FIN DE l'acte premier. 



ACTE II 



PREMIER TABLEAU 



C'est une clairière au milieu d'une oasis très verdoyante, où les 
palmiers, les uns hauts, les autres bas, chargés de fruits et le tronc 
habillé de vignes, sont en profusion. Quelques fleurs : lauriers-roses, 
jasmins, arbres flamboyants, etc. 

Au milieu, un peu à gauche, une allée donnant sur le désert loin- 
tain, avec des perspectives de mirages de lacs. 

A gauche et à droite, comme dans le fond de Toasis, des tentes 
nombreuses et variées. Les principales, praticables, sont à droite ; ce 
sont celles de Malek, père d*Abla. 

A gauche, derrière les tentes du premier plan, est une éminence 
faisant partie de l'oasis, et par où arrivera Antar à cheval. C'est là 
qu'il mettra pied à terre. 

Il fait nuit, une nuit bleue et claire, pareille à un jour qui aurait 
simplement bruni. La lune est basse. Ensuite, l'aube et le jour vien- 
dront successivement accompagner l'action. 



SCÈNE PREMIÈRE 

Abla, Selma. 

Abla est étendue à l'entrée de la première tejite sur un amas de 
tapis, sur lesquels est jetée une peau de lion. Selma est à côté 
d'elle. Devant celle-ci, un petit feu; à côté, une guzUx. 

On ne voit rien de l'intérieur de cette première tente, un rideau 
tombant un peu au delà de rentrée arrête la vue. Devant ce 
rideau, un métier à tisser des tapis. 

Uintérieur de la seconde tente est encombré de selles de chevaux, 
d'armes suspendues à la colonne du milieu. 



— 31 — 



Abu. 



nuit I pareille à moi, sous tes voiles splendides, 
On voit tes yeux brillants, aux paupières humides, 

Pleurer ton long isolement. 
Si cruelle est ta loi qu'on la dirait humaine I 
Tu sais que vers le jour ta course est folle et vaine, 

Et tu vas, inlassablement ! 
douloureuse nuit ! sœur qui me ressemble I 
Apprends-moi la douceur et Tamertume ensemble 

De pleurer éternellement! 
Ce n'est donc pas, ô nuit ! ma sœur, la pire peine 
De se sentir toujours rapprochée et lointaine 

Du toujours fugitif amant I 

Sélma. 

Ah! pourquoi pleurer constamment? 

Âbla. 

Cinq ans d^attente! cinq années, 
Avec leurs nuits et leurs journées, 
Ont vidé mon cœur de Tespoir, 
mon aimé, de te revoir ! 

Selma, consultant depuis un mùm&fU lé sable qu'elle fait couler de 

ses màim. 

Ne dis pas cela, je t'en prie ! 
Écoute le sable qui crie 
Joyeusement entre mes doigts. 
De jours clairs ce sont là les signés, 
£t de ta main j'ai vu les lignes 
Confirmer du sable la voix. 



-- 32 — 

Abla. 

Mais moi, hier au soir, j'ai vu la sombre ligne 
Des corbeaux se briser et se former en rond, 
Et son ombre peser lourdement sur mon front ! 

Selma, tendre. 

Comme on s'ingénie à se torturer soi-même! 
Pourquoi voir ce qu'on craint au lieu de ce qu'on aime? 

(Devant F attitude désespérée de m maîtresse , elle prend sa guzla 
et accompagne sa cluinmn.) 

Le nom de l'aimé, qu'on murmure 

Sans se lasser. 
Peut vaincre, jusqu'à Tefifacer, 

Le mal qui dure ! 

Abla. 

Antar! Autar! nom de l'absent! 
Descends de ma bouche en mon âme I 
Réchauffe mon cœur à ta flamme 
Et circule aussi dans mon sang ! 

Selma. 

I^ nom de l'aimé, qu'on murmure 

En s'endormant. 
De nos nuits calme le tourment 

Qui nous torture ! 

Abla. 

Antar! Ah! un parfum léger 
Flotte dans mon air et me grise ; 
Une douceur descend, exquise, 
De l'étoile de mon berger ! 



— 33 — 

Selma. 

Le nom de l'aiinéy qu'on muimure 

Avec ferveur. 
Du baiser donne la saveur 

Sans la brûlure ! 

Abla. 

Ah I oui, quand tu viens te poser 
Sur ma lèvre qui te désire, 
Tu laisses un parfum de myrrhe, 
Avec comme un goût de baiser! 

Selma, prêtant roreille. 

J'entends marcher. Voici, je crois, venir ton père 
Avec le jeune Émir... 

Abla, avec regret. 

Ah! que vient-il donc faire? 
Rentrons I La nuit pourtant est pleine de douceur, 
Et la lune sourit, là-bas, comme une sœuri 
(Elles rentrent toutes deux dans la première tente,) 

SCÈNE II 
Malek, Amarat. 

Amarat. 

Quand je t'ai rencontré, je venais de l'apprendre : 
Antar, Antar triomphe!... 

Malek, l'entraînant à V écart. 

On pourrait nous entendre, 

Amarat. 

Il triomphe et revient! Et peut-être le jour, 
Si Ton dit vrai, va-t-il éclairer son retour? 



— ;J4 — 

Màlèk. 

Que faire? 

AAiàtat. 

Je ne sais. Je suis comme un homme ivre. 
Je ne peux plus penser, ni réfléchir, ni vivre. 
Que faire?... Ah! il faudra nous en débarrasser! 

Italek. 
C'est vite dit... 

Amarat. 

... Et fait, si Ton veut me laisser 
Libre d'agir, ou mieux, si nous étions ensemble!... 
... Tu sais qa*aU Jiom d'Antài^ dhacUn des nôtres ttehible, 
Qu'ici, comme partout, on l'aime et qu'on le ct^irit ; 
Que nul guerrier, nul chef, que nul émir n'atteint 
Ni sa force, ni sa valeur, ni son prestige I 
Sa popularité tient môme du prodige... 

Étâlëk. 
Oui. Mais où veux-tu donè en venir? 

Amarat. 

. A ceci, 
C'est que j'ai trouvé, moi, quelqu'un qui n'a souci 
Que de sa vieille haine... 

Malek. 
Et ce « quelqu'un » s'appelle? 

Aiûarat. 
... Zobeir. 

Malek. 

L'aveuglé? 



- 35 - 

Eh! oui. Ta mémoire est fidèle... 
Le ravisseur d'Abla, lui-mèm&) à qui nous deux 
Fîmes, au nom d'Aptor, jadis, crever l^s yeqx.., 

(On entend $h p< T'KiTiieiil une vais loin^iine qui psalm^i^') 

JKobeir. 

« J'ai replié ms^ tente pt j'ai laissé, déserts 

» Les lieux chers et jadis témoins de mes f^ts d'ijn^ifies. » 

Amarat. 
C'est lui... Zobeir. Il vient comme il me Ta promis. 

(On distingue Zobeir, travepiani la scène au fond, guidé par un 
enfant,) 

Zobtir. 

« De regrets j*ai tari la source de mes larmes, 
» Je suis le vagabond et 1^ diseur de vers. » 

Malek. 

Si tu n'as contre Antar que de tels ennemis ! 

Zo)iair. 
« Mais je suis la vengeance aussi, qui vampe et râdç... » 

Malek. 
Un aveugle I . . . Comment?. . . 

Amarat. 

J'ai vu le fait qui suit : 
Zobeir tendant son arc et tirant, rien qu'au bruits 
Un corbeau qui crgasse^, une chèvre qui bêle. 
Môme, une fois, j'ai mis une esclave rebelle 
Et je l'ai fait crier; la flèche chaque fois. 
Droite et sûre, est allée au bruit comme à la voix. 



— 36 — 

Malek. 
Et ma fille? 

Amarat. 

Elle m'a préféré cet esclave, 
Et cette offense, c'est dans le sangj qu'on la lave. 

Hatek. 

Le sang, non, jeune ami, tache; il ne lave pas... 
Laisse-moi faire. 

Amarat. 

Mais quoi? 

Malek. 

Je vais de ce pas. 
Avant de te laisser commettre ta folie, 
Voir Abla, lui parler encor. La femme oublie... 

Amarat. 

i\irler! Ou laisse ainsi se dépenser en vain. 
Quand il fermente en nous, notre meilleur levain. 
Parler! 11 suffirait d'un mot d'ailleurs... Annonce 
Ija mort de son héros à ta fille... ou renonce 
A lui faire accepter un autre époux... 

(Sortant,) 

11 faut 

Qu'aujourd'hui j'aie enfin ta réponse... A bientôt! 

SCÈNE III 
(L'atibe commence à poindre,) 

Malek, Abla, Selma, puis Amarat. 
Malek, allant à Ventrée des tentes. Appelant, 
Sel ma! 



— 37 — 

Selma, apparaissant à Centrée. 
Maître? 

Malek. 

Ma fille ! 

(Selma sort.) 

Malek. 

Le papillon court à la flamme 
Et Talouette à ce qui luit. 
On dit que pareille est la femme. ' 
De ce dicton tirons profit. 

Abla, venant à son père. 
Me voici, père I 

Malek, la prenant par les deux mains. 

Je désire 
Voir d'abord tes yeux me sourire. 
C'est bien I Je puis laisser ainsi. 
Pour un moment, peine et souci. 

Abla. 
Pèrel 

Malek. 

Je vieillis sans famille, 
Et toi, toi, mon unique fille. 
Dont j'attends mon dernier bonheur, 
Tu fais trop attendre mon cœur. 
A mon âge, enfant, le temps presse, 
Et j'ai peur de voir ta jeunesse, 
Qui promettait de tant fleurir, 
En vaine attente se flétrir. 



- 38 - 

Abla. 

Père! tu sais, tu sais des choses... 

Sur l'absent!... Dis-les moi! Tu n'oses... 

Malek. 

Ma fille, non, je ne sais rien, 
Pour ton malheur et pour le mien. 
Je ne sais, hélas! qu'une chose. 
C'est que je vois pâlir ma rose... 
Pères et mères sont dans la joie et l'orgueil 
Et moi seul, tristement, je regarde mon seuil 
Déserté par les vieux et les jeunes I... Ta mère 
Fut plus heureuse I Elle a disparu la première. 
Te laissant à moi pour adoucir mes regrets. 
... Mais de ta mère, Abla, tu n'as pris que les traits. 

Abla. 

J'en ai le cœur aussi, son cœur sûr et fidèle ; 
Et mon attachement, père, je le tiens d'elle. 
Je sais, conmie elle, aimer et sais persévérer. 
Tu voulais me voir rire et tu me fais pleurer. 

Malek. 

. . . Mais je ne peux, ma fille aimée, 
Cacher ta beauté renommée, 
Dont tous nos émirs sont hantés ; 
Et tu me fais, malgré mes ruses. 
De tous ces chefs que tu refuses, 
Autant d'ennemis redoutés. 

Est-ce moi qui voulus l'attente? 

. . . N'importe I En un coin de la tente, 



- 39 — 

Sans me plaindre, je vieillirai. 
Et, si j'ai les traits de ma mère, 
Plus je vieillirai, mon père, 
Et plus je lui ressemblerai. 

Malek. 

Songe, ma fille, songe au bonheur, à la joie 

De te parer, d'avoir des écharpes de soie. 

Des voiles d'or et des tissus et des bijoux 

De quoi rendre un soleil, de ta splendeur jaloux, 

De quoi faire pâlir tes compagnes d'envie, 

Et de quoi faire aussi le bonheur de ma vie. 

Tu ne me réponds pas?... Tu vois que j'ai raison. 

Abla. 
Oui, père! 

Malek, prédpitammenL 
Oui? Dis, vers qui ton cœur va-t-il? Son nom? 

Abla. 

Son nom fut oublié sans doute par méprise : 
C'est celui, père, à qui jadis tu m'as promise. 

Malek, impatient. 
Il ne revient pas... 

Abla. 

D reviendra. 

Malek. 

Qu'en sait-on? 
Et puis toujours sa lance aura l'air d'un bâton! 

Abla. 

C'est un poète 1 

Malek. 

Il est pauvre. 



- 40 — 

Abla. 
11 sera riche. 

Malek. 

Je le souhaite. 
Mais quand? Tandis que l'autre est prêt, si tu le veux, 
A semer, à l'instant, d'étoiles tes cheveux... 
Ton kohl viendra de ITnde et ton fard de Syrie. 

Abla. 
J'aime Antar! 

Malek. 

Tu seras l'idole que l'on prie. 

Abla. 

J'aime Antar! 

Malek. 

Réfléchis à tout ce que tu perds ! 
Pour la femme, il faut plus et mieux que de beaux vers. 
On ne se pare pas avec des lucioles. 
Et le moindre saphir vaut mieux que cent paroles. 

Abla. 

Quand les paroles sont des bulles pleines d'air, 

Qu'elles ont la durée à peine de l'éclair 

Et qu'on les abandonne au vent qui les emporte. 

I^s paroles d' Antar ne sont pas de la sorte... 

Dis-moi que si j'avais un instant hésité. 

Tu m'aurais rappelée à la fidélité. 

Dis-moi, dis-moi qu'il est criminel qu'on discute 

La foi jurée, alors que lui s'expose et lutte 

Pour y rester fidèle I Ahl dis n'importe quoi, 

Mais ne me laisse pas, père, douter de toi!... 



— 41 — 
Malek, à Amarat, qui entre. 

Je ne reconnais plus ma fille! 

Abla, voyant entrer Amarat. 

Ah I la vipère 
Qui souffle son poison jusqu'au cœur de mon père... 
Te voici I Que veux-tu? Te faire encor chasser? 
Tes essais précédents n'ont pu donc te lasser! 

Malek. 
C'est de l'impudeur ou de la sorcellerie ! 

Amarat. 
C'est ta réponse? 

Abla. 

Mais en moi tout te la crie, 
La réponse, depuis cinq ans, tiens, la voici : 
J'aime Antar! j'aime Antar! tous le savent ici. 

Je le dis à qui veut l'entendre : 
J'aime Antar! j'aime Antar! Lui seul est bon et tendre. 
Et noble, et grand, et fort et de corps et de cœur! 
J'aime en lui son courage autant que sa douceur! 
J'aime en lui son respect du faible et de la femme 1 
Lui, si noir, j'aime en lui la blancheur de son âme. 

Amarat. 

Ne sait-elle donc pas qu' Antar est mort?... 

Abla. 

Tu mens ! ! ! 

Amarat. 
Non! 

(A Malek,) 

Il est vain d'avoir tant de ménagements! 



- 4Î- 

Âbla, après avoir dévisagé Amarat et sondé les yeux 

de son 'père. 

Tu mens, tu mens, te dis-je!... Et je lis ton mensonge 
Sur ton masque, que tord la jalousie et ronge 
L'impuissance de nuire. Antar vit! Je le vois. 
Rien qu'à te regarder. A tes yeux, à ta voix, 
A ta pâleur, je sens que son retour est proche... 
...Je te dois un merci, presque, et non un reproche... 
(Elle veut s'en aller, mais un bruit de pas et de voix Varréte,) 

Malek, au berger, à la cantonade. 
Qu'y a-t-il? 

Le Berger. 

C'est Cheyboub, dit-on... 

Abla, joyeuèement. 

Ah! 
Amftrat. 

Seul? 
Le Berger. 

Oui. 
Abla, éperdue. 

Seul! 
Malek, à Amarat, l'entraînant. 

Allons vers lui.,. 

Abla, hallucinée. 

Seul ! Non I ce n'est pas un linceul 
Que je vois dans le ciel flotter... 

SCÈNE IV 

Abla, Selma, Gheyboob. 

Selma, à Cheyboub, qui arrive d'un autre côté et à qui 

elle fait signe de se taire. 

Elle a la fièvre. 



- 43 - 

Abla. 

Ah ! la soif, quand on sent Veau si près de la lèvre I 
(Voyant Cheyboub,) 

AntAr!... 

Gheybonb. 

Je le précède d'un jour. . . 

Abla. 

C'est lui, lui I 
Mon cœur me Tavait dit qu'il viendrait aujourd'hui I î ! 

Gheybonb. 

Mais Abla, ce n'est pas possible... 

(Une clameur, d'abord indiitinetet et qui grandira peu à peu, 
s'élève des confins de Voasis.) 

Abla, en extaêe^ lei yet&e fixés au cieL 

Est-ce son ombre, 
Ce cavalier... qui se profile... en tache sombre. 
Sur le ciel clair... les étriers... rouges de ôang? 
D est tout noir... il est tout gris... il est tout blanc I... 
C'est un nuage... où le soleil joue!... Un mirage! 
Non! Non! C'est lui!... C'est soû allure... et son visage! 
C'est lui, vous dis^je... Il marche, il court, comme éperdu. 
Et son burnous... est de soleil... ou d'or fondu, 
n vient! Mais oui!... Car je l'entends... Écoute, écoute... 
L'eau s'approche et je sens que ma lèvre la goûte! 

(A Cheyboub.) 

N'entends-tu pas comme un galop qui sonne clair?... 
Le cavalier vêtu de soleil et d'éclair!... 

(Comme brisée, elle tombe à moitié évanouie.) 



— 44 — 

SCÈNE V 

Intar, Abla, Gheybonb et Selma. 

(Cheyboub est près du puits, tendant le cou et fixant les yeux 
vers Vallée. Au même instant, le bruit du galop, qui s'était rap- 
proché, cesse; Antar apparaît, au fond de la scène, sur so9i cheval, 
que maintient difficilement un groupe peu nombreux de bergers. Il 
a la lance au poing, reste un moment immobile et, par deux fois, 
lance à pleine voix son cri de triomphe : Ya ali Abss!) 

Antar, apercevant Abla. 

Ablal Ablal 

(// plante, d'un coup, sa lance en terre, saute de cheval et accourt 
aux genoux d 'Abla.) 

Ma bien aimée ! 

Selma, rafraîchissant le front de sa maîtresse et cherchant 

à la faire boire. 

Elle rouvre les yeux. La voici ranimée. 

Antar, prenant la jarre d'eau. 
Je Favais vue ainsi tout le long du chemin. 

Abla, revenant à elle. 

Laisse-moi boire, Antar, dans le creux de ta main. 

(Antar remplit d'eau ses deux mains réunies et les présente à 
Abla,) 

Cheyboub, à Selma, 

Je cours après Malek. 

Selma. 

Oui, oui, ridée est bonne, 
Et moi, je rentre, ils n'ont que faire de moi. 



— 45 — 

Abla, riarU el pleurant. 

Donne 
Donne que je m'appuie, Antar, sur ton bras fort! 
Que je te sente aussi tout près de moi d'abord, 
Que je t'entende ensuite! Ah! je suis bien heureuse! 
Vois-tu Tabsence, Antar, est une chose affreuse. 
J'en ai souffert! Ah! oui, beaucoup! J'ai desséché 
Comme une plante sans rosée, et j'ai caché 
Ma peine dans mon cœur. Vois, elle m'a rongée. 
Je suis l'ombre d'Abla. Tu me trouves changée. 
N'est-ce pas? Mais je vais vite redevenir 
Celle dont tu gardas, là-bas, le souvenir. 
Ne le compare pas à mon présent visage, 
Car je serais jalouse un peu de mon image. 
Mais, Antar, je n'ai pas môme entendu ta voix, 
Je parle seule... 

Antar.] 

Et moi, mon Abla, je te vois. 
J'emplis de toi mes yeux, ces pauvres yeux avides. 
Ils sont de fa beauté depuis si longtemps vides, 
Qu'à te regarder vivre et te mouvoir, ils vont 
Tout éperdus, d'un bond, de tes pieds à ton front. 
Ils cherchent d'un regard, d'un seul, dans leur déroute 
Et leur hâte, à te prendre et t'envelopper toute. 

Abla. 

Ah! mon Antar! tes yeux sont des lèvres! 

Antar. 

Ils ont 
Si faim, si soif de toi!... Leur jeûne fut si long! 
Mais qu'as-tu? Te voici de nouveau toute blanche. 

3. 



— 46 — 

Abla. 

Mon cœur chargé d'amour penche comme une branche 
Sous ses fruits. Ce n'est rien. Ployer ainsi, c'est doux. 
C'est comme si le cœur se mettait à genoux. 

(Se levant et 8*appuyant sur Antar.) 

J'ai bu ma joie un peu goulûment. Cela grise... 

Antar, conduisant Abla se reposer sur un banc de verdure, 

sous un palmier» 

Oh! je crains que son cœur éprouvé ne se brise!... 

Abla. 

Et maintenant, Antar, dis-moi, raconte-moi... 

Antar, tendre et modeste. 

J'oublie, auprès de toi, tout ce qui n'est pas toi. 
Ma bien-aimée. Et puis, c'est si simple l'histoire 
D'un berger dont l'amour lui fit chercher la gloire. 
Et qui, l'ayant trouvée et l'ayant due à toi, 
Accourt la déposer à tes pieds. Le convoi, 
Qui porte des présents et la dot demandée. 
Est en route, et ta main m'est d'avance accordée. 
C'est tout! Et je te gagne avec peu, tu le vois. 

Abla. 

C'est tout! Et tes cinq ans de luttes et d'exploits? 
Et mon attente, et mon angoisse, et le silence 
Qu'à ma bouche imposaient la peur et la décence? 

Antar, l'interrompant, tendre, persuasif, passionné. 

C'est le passé, nuit sombre! A présent, c'est le jour,. 
Et son soleil sera celui de notre amour. 
A-t-il même existé, ce passé? Qui le prouve? 
On ne s'est pas quitté dès lors qu'on se retrouve. 



— 47 — 

Tes larmes sont d'hier, celles que j'ai promis 
De revenir sécher: vois le temps que j*ai mis, 
Abla, pour accomplir ce dont tu t'émerveilles; 
Tu rêvas ces cinq ans d'absence, tu t'éveilles. 
Et nous nous retrouvons sous ce même palmier. 
Rendez- vous devenu maintenant coutumier. 

Abla. 
C'est vrai. 

Antar. 

Mais n'as-tu paâ demandé de me suivre? 
Veux-tu toujours? 

Abla. 

Oh ! oui. 

Anur. 

Dans un hodaj de cuivre, 
Brillant comme un soleil et haut comme une tour. 
Je t'emporte en mes bras vers la gloire et Tamoutl... 

(Abla se blottit dans les bras d* Antar, lU s'étreigneni») 



FIN DV PRBMIER TABLEAU 



i i iiii « I »f >■ 1 



— 48 ~ 

DEUXIÈME TABLEAU 

Même décor qu*au premier tableau. 

L'oasis flambe sous les rayons obliques du soleil couchant. Au lever 
du rideau, règne en scène une joyeuse animation ; ce sont les prépa- 
ratifs d'une fête. Les bergers accrochent des palmes et des guirlandes 
de ci, de là, à rentrée des tentes. D'autres préparent des feux : un 
grand au milieu de la place, d'autres, moins importants, plus loin. 
Plus loin encore, d'autres feux. 

La nuit bleue viendra doucement sur l'oasis, éclairée en rouge par 
tous les feux allumés. 

SCÈNE PREMIÈRE 
Les Bergers, puis Zobeir. 

Les Bergers. 

Ornons, de ces feuillages verts, 
Ces toits où le bonheur habite. 
En rhonneur de ceux que visite 
Le dieu de la guerre et des vers ! 
Et de fleurs enguirlandons-les. 
Il faut ce soir que les étoiles. 
Se levant sur nos toits de toiles, 
S'étonnent de voir des palais ! 

D'Antres Bergers. 

Préparons les feux 1 L'heure fuit. 
La nuit sera sereine et claire. 
Le ciel va briller. Que la terre 
L'égale en éclat, cette nuit! 

Zobeir, il vient, guidé par un enfant. 

vieillard! Pourquoi donc te courbes-tu si bas? 
Pour tomber de moins haut le jour où je m'abats. 
Que cherches-tu, vieillard, si bas, est-ce de l'or? 
Non, je cherche un plus cher et plus rare trésor. 



- 49- 

Jadis^ sur ces chemins déserts où je me baisse, 
J'ai laissé s'égrener les jours de ma jeunesse... 
passant! qui que tu sois, 
Ouvre ton cœur à ma voix! 



SCÈNE II 
Les Précédents, plm Cheybonb et le Vieux Berger. 

(Ik viennent du fond, surveillant le travail des bergers^ tout en 
causant.) 

Le Vieux Berger, enthousiasmé au récit de Cheyboub, 
Quel voyage admirable! 

Cheybonb, surveillant le travail, bien habillé et l'air important. 

Admirable!... 
(A un des bergers,) 

Eh! écoute! 
Un peu moins haut! Il faut que cela forme voûte. 

Le Berger, à qui Cheyboub s*est adressé. 
Voûte? 

Cheyboub. 

Oui! cela veut dire un arc. Incline-les ! 
Que cette tente ait Fair d'un temple ou d'un palais. 

Le Vieux Berger, à Cheyboub. 
Avant la Mecque... dis, qu'avez-vous fait? 

Gheybonb. 

La guerre. 

Le Vieux Berger. 
Mais à la Mecque? 



- 50 - 

CHeyboii]). 

Ah ! là, ce fut une autre aflkire. 
Nous fîmes, là, des vers par l'exil inspirés ; 
Et ceux d'Antar, écrits sur des feuillets dorés, 
Jugés dignes d'orner la magnifique enceinte, 
Sont suspendus aux murs de la Kaaba sainte. 

Le Vieux Berger, pounuivant Cheyboub. 
Ne veux-tu pas conter votre voyage en Perse? 

Gbeyboab. 

Rien que le souvenir encor me bouleverse... 
Antar vainquit la Perse en servant Moundhir... 

Le Vieux Berger. 



Oui. 



Cheyboub. 

Seul, il fit mieux : il la conquit!... 



Le Vieux Berger. 

C'est inouï! 
Seul? 

Cheyboub. 

(Pendant qu'il parle, les bergers, ayant fini ou quittant leur 
travail, s'apptooherU peu à peu de Cheyboub^ avec des mines exta- 
siées.) 

Non ! je fais erreur. Toute une armée ailée 
Prit la place d'Antar, ce jour, dans la mêlée. 
Chez Moundhir, il s'était servi de ses deux bras; 
En Perse, il fit donner de merveilleux soldats : 
Ses poèmes, faits d'or et de poussière d'astres. 
Et lui, les pieds chargés de fer, sous les pilastres 
Du temple, où l'on devait nous brûler tous les deux, 
Il souriait à ses soldats, attendait d'eux 



— 51 - 

Mieux que la vie et mieux que le salut : la Gloire... 
Et les rythmes pleuvaient, pleuvaient sur Fauditoire, 
Et leurs lames d'argent, que couronnait l'éclair 
De la rime, brillaient, tonnaient, claquaient dans Tair. 
Sous ce souffle puissant, déjà le peuple ondule 
Comme un champ de maïs... Tout se tait... On recule 
La foule, et Ton nous mène au pied d*un haut divan. 
Mon cœur sautait en moi, comme un grain dans un van. 
Mais, victoire ! L'armée aux sonores syllabes 
Avait donné la Perse aux poètes arabes ! 

Le ViétUE Berger. 
Mais est-ce vrai qu'Antar prêche un culte nouveau? 

Cheybonb. 

Dans la cité sacrée il m'en fut dit un mot. 

Antar connut, là-bas, un homme dont la vie 

Se passe dans le jeûne et qui, pendant qu'il prie, 

Lit, comme à livre ouvert, le sort de l'Arabie. 

Je sais qu'Antar, après ses noces, se promet 

De le revoir... 

Le Vieux Berger. 

Quel est son nom? 

Gheyboab. 

C'est Mahomet. 

(On entend des clameurs lointaines. Cris de : oc Vive Antar!,,. 
Vive le Vainqueur! » La place est envahie par des chefs f de% guer- 
riers, des bergers, au milieu desquels se trouve Antar que Von 

ojcclame,) 

Le Chœnr. 

Vive Antar I Vive le poète 
Et le guerrier victorieux! 
Vive le sublime interprète 
De l'âme noble des aïeux! 
{Cris de joie des femmes; longs et stridente « ululus »»j 



— 52 — 



SCÈNE III 
Antar, Malek, Chefs, Guerriers et Bergers. 

Malek, arrivant, suivi de son escorte de chefs et d'émirs. 

Je suis heureux, mon fils, de te revoir. 

(Aux autres,) 

Qu'on fête 
Ce jour comme il convient ! 

(A Antar,) 

Je te souhaite 
La bienvenue. 

(Accolade,) 

Un Groupe. 

Et nous ! 

Un Autre Groupe. 

Et nous ! 

Tous. 

Et les bergers ! 

Antar, serrant la main des uns et donnarU Vaccolade aux autres. 

Ni le cœur ni Tesprit d'Antar ne sont changés. 

Je suis toujours, mes vieux compagnons, un des vôtres. 

... Ce nom de berger m'est plus cher que tous les autres. 

Chefs et Bergers. 
Vive Antar! Vive Antar! 



-53- 
Antar, à tous. 

Merci^ mes chers amis. 
Cinq ans se sont passés depuis que j'ai promis 
De revenir avec le prix d*Abla. J'arrive. 
Que cette heure lointaine ici même revive 
Avec les deux serments entre nous échangés, 
Et dont furent témoins chefs, guerriers et bergers. 

Malek. 

Que le passé lointain s'oublie 
Et s'efface devant ce jour ! 
Pensons d'abord à ton retour 
Plutôt qu'au serment qui nous lié. 

Antar. 

Ce serment fut pour moi le seul but de ma vie. 
Pour lui, j'ai parcouru la Perse et l'Arabie 

Et combattu princes et rois. 
Parti berger obscur, sans nom et sans fortune, 
Je suis riche et puissant, et je viens sans rancune 

Réclamer ce que tu me dois. 

Tu m'avais demandé naguère 
Quelques présents? 

Je t'apporte un butin de guerre 

Fait d'or, de joyaux et d'encens. 

Que tout ce trésor t'appartienne ! 

Malek. 

Je te dois ma fille, elle est tienne ! 
Que ce soir même on la prévienne. 

Antar. 

Et pour couronner mon amour 
Fais, sans attendre davantage, 
Que la fête de mon retour 
Soit celle de mon mariage. 



— 54 - 

Malek. 

Mais des noces dignes de toi 
Ne peuvent être improvisées... 

Cheybonb. 

C'est que Ton a compté sans moi ! 
Là chose au contraire est aisée. 

Les Bergers. 

Vive le frère du vainqueur ! 
Il en a Tesprit et le cœur I 
Vive son compagnon fidèle 
Dont les jarrets valent des ailes ! 

Cheybonb. 

Mes jarrets m'ont fait devancer 

Mon noble frère. 
Alors j'ai fait le nécessaire^ 
Et la fête peut commencer. 
Voyez donc avec quelle joie 
Les hommes préparent les feux, 
Les femmes, leurs voiles de soie. 
Pour les danses et pour les jeux. 

Malek, à part. 

Que puis-je faire, en somme, ou dire? 
C'est le destin 
Qui me courbe sous sa main. 
(A la foule,) 

Qu'il soit fait comme l'on désire, 

J'y consens. 
Allez! Et qu'au seuil de ma tente 
On brûle le sel et la menthe 
Et l'eDcens 1 



- 56 - 

Que flottent nos bannières vertes ! 
Amis, mes tentes sont ouvertes 
Ce soir, à tous, pour le festin. 
Pour Antar, pour Abla, ma fille. 
Que tout flamboie et que tout brille 
Pour remplacer le jour éteint! 

(// rentre dans m tente,) 

Chefs et Bergers. 

Pour Antar, guerrier et poète. 
Pour Antar revenu vainqueur. 
Qui ne voudra de tout son cœur 
Augmenter Téclat de la fétel 

Chœur des Bergers, préparant léê feux. 

Allumons les feux ! L'heure fuit ! 
La nuit sera sereine et claire. 
Le ciel va briller; que la terre 
L'égale en éclat, cette nuit ! 

Chœnr des Femmes, dans la tente de Malek. 

Lulu! Lulu! 
Préparons les fards de Syrie, 
Pétrissons le henné trois fois, 
Pour que chacun de ses longs doigts 
Soit un travail d'orfèvrerie. 

Lulu I Lulu I 
Que le kohl agrandisse encore 
Le cercle bleu de ses grands yeux, 
Et, chassant la nuit des cheveux. 
Que son front devienne une aurore* 

Lulu I Lulu I 



- 56 - 

Gheybonb. 

Amis^ en attendant les danses 
De nos femmes et de nos sœurs, 
Suivant la coutume et les mœurs, 
Il faut improviser des stances. 

Chefs et Bergers. 

Vive le frère du vainqueur! 
L'esprit aussi vif que le cœur! 

SCÈNE IV 
Les Précédents, moins Halek; le Vieux Berger. 

Gheybonb, au Vieux Berger. 
Est-ce toi qui commences? 

Le Vieux Berger. 

Hélas ! la voix 
Est éteinte... Mais pour notre Antar, oui, je crois, 
Je la recouvrerai pour un moment... Poète!... 
Je Tétais quand le cœur faisait flamber la tête. 

Gheyboub. 

Allons ! faut-il te mettre en goût? Voici des miettes : 

Tout en trottant 

Je les becquette. 

Pour un poète, 

En faut-il tant? 
Pourquoi te montrer si gourmand? 
Tu n*as plus des jarrets de chèvre; 
Un poème, c'est haut, descend ! 
Les miettes sont plus près des lèvres. 



Oh! 



— 57 — 

Le Vieux Berger. 

Les miettes sont pour les oiseaux 
Qui dînent d'un épi de seigle. 
Même dans ses derniers sursauts^ 
L'aigle expirant est toujours l'aigle. 

Tous. 

Bravo ! 

Cheyboub. 

Le vieux s'est animé, 
Mais vainement il s'évertue. 
L'aigle, ce soir, est enfermé 
Dans une écaille de tortue. 

Tous. 



Le Vieux Berger. 

Merci, mou ami, tes rimes m'ont fouetté. 
Je sens comme un soleil chauffer ma vieille tête. 
Dans mon cœur racorni renaît l'ancien poète 
Qu'Antar connut, dans sa jeunesse et sa beauté. 

En songeant qu'il fut mon élève, 

Gela me donne un regain de sève. 
Antar est à présent grand poète et guerrier. 
Sa rime luit et coupe ainsi qu'un étrier 

Chaussé par un fort cavalier. 
A présent, grâce à lui, la belle fantaisie 
A pris des ailes d'or et plane sur l'Asie, 

Conquise par la poésie. 

Tous. 
Ah ! Ah l Bravo ! 

Antar. 

Merci, mon vieux maître indulgent, 
Toujours jeune de cœur sous tes cheveux d'argent. 



— 58 ~ 

Le Yiou' Berger. 

Où sont d'autrefois tes poèmes, 
Qui nous berçaient, nous faisaient même 
Aimer jusqu'au péril ! 
T'en souvient-il? 

Antar. 

Tout mon passé d'amour, plus eucor que de guerre, 
Je le vois, aussi doux, aussi frais que naguère... 
Frais ainsi qu'est resté mon amour; car les ans 
Ont beau plier des jours et dérouler des ombres, 
J'ai dit à leurs soleils ainsi qu'à leurs nuits sombres 
De mon bonheur d'aimer soyez les artisans. 
Et les jours et les nuits, en marches ordonnées. 
Ont passé, sans vieillir ce bonheur d'un seul jour. 
Il semble que le ciel ait fait de mon amour 
Un centre loin duquel gravitent les années. 
Oh! quand on a le cœur plein d'un amour pareil, 
La Foi nous donne alors une telle puissance 
Qu'on ne mesure plus le temps ni la distance 
Et qu'on peut, d'un coup d'aile, atteindre le soleil ! 
(Des bravos, des cris s*élèv€nt. On entoure Antar.) 

Le Vieaz Berger, venant à Antar. 

Que dit-on? Tu repars? 

Antar. 

Dès demain... 

Le Vieux Berger. 

Ahl si vite!. 
Antar. 

J'ai des devoirs sacrés qui dictent ma conduite. 
J'ai promis à de grands moissonneurs mon appui. 
Peut-être la moisson murtt-elle aujourd'hui? 



— 59 — 

hB Vieaz Berger. 
Mais où vas-tu? 

Antar. 

Vers un royaume qui se fonde 
Et dont bientôt Téclat étonnera le monde... 
Et les peuples alors, du couchant au levant, 
Verront nos étendards vainqueurs claquer au vent. 

(En ce moment, des tentes, s*élèvent des cris et des chants de 
famines annonçant rentrée des danseuses,) 



SCÈNE V 

Ballet. 

Danse des Fiicuses. — Danse de la Soif. -^ Danse du Feu, — 
Danse des Roses. — Danse générale et Cortège. 

Malek, puis AhUiy ses smva^fiJtes et son cortège se placent soit 
visibleSf soit dans des tentes, pour assister aux danses. 

DANSE DES FILEUSES 

Ghœnr des Feimnes. 

Nous filons, du soir à Taurore, 
La fine laine des burnous, 
Et la quenouille, en chantant doux. 
Va, vient, descend, remonte encore. 
Nous filons du soir à Faurore. 

Nous filons des robes, des voiles 
Et des koufliehs pour Taimé. 
Mais, le soir, dans Tair parfumé, 
Nous aimons rêver aux étoiles. 
Nous filons des robes, des voiles. 



-ÔO - 

Alors, nos cœurs filent la laine 
Des désirs fous, des rêves d'or. 
L'aube arrivant nous trouve encor 
Les yeux vagues, Tâme lointaine. 
Lorsque nos cœurs filent la laine. 

DANSE DE LA SOIF 

(Danse mimée.) 

C'est d'abord uae marche lente de caravane dans le désert. Puis la 
marche se précipite ; les bruits, les tintements, les appels augmentent 
d'intensité. Le soleil darde ses rayons ardents et implacables. Il fait 
chaud, pas d'ombre. Il fait soif, pas d'eau. Une femme surgit. Elle est 
inquiète, elle cherche de l'eau et de l'ombre. Mais elle ne voit que le 
désert aride et infini, qu'elle scrute désespérément du regard. Éperdue, 
elle bondit à droite, bondit à gauche, affolée, la gorge sèche, la poitrine 
haletante, dans un désir fou d'étancher sa soif. Elle tend les bras, sup- 
pliante, vers le ciel, la bouche entr'ouverte dans une attitude impé- 
rieuse d'abord, humble ensuite. Ah ! de l'eau! de l'eau 1 Tout à coup, 
elle aperçoit un homme devant lequel est une cruche d'eau. (C'est un 
des assistants le plus rapproché du cercle.) Elle va à lui et exécute 
une danse de séduction pour s'emparer de la cruche. Elle le caresse 
des yeux, lui tend des mains fiévreuses, le frôle de ses voiles, puis le 
cajole des doigts, l'entoure, le presse, l'enveloppe. Et c'est alors des 
poses lascives, des frémissements de tous les membres, des lèvres 
tendues, des genoux tremblants, l'offre de soi, d'abord un peu retenue, 
ensuite totale, efiroqtée. Enfin, elle atteint de ses mains la cruche 
d'eau. Elle frémit de désir, tremble toute de joie et d'émotion. Elle l'a. 
Elle la tient. Elle a une soif mortelle. Elle en détourne cependant, un 
moment, ses lèvres fiévreuses, dernière et vaine défense. Puis, douce- 
ment, avec des mouvements précautionneux, des yeux fixes, des gestes 
d'adoration, — religieusement, respectueusement, tendrement, volup- 
tueusement, — elle l'approche de sa bouche. Au contact, elle se pâme, 
puis se raidit. Elle boit... Alors, c'est la volupté qui la tord et enfin 
l'anéantissement dans le bonheur, la mort douce dans l'amour. 

DANSE DU FEU 

Une Voix, pendant que la danseuse, attirée par le feu, 

s'en approche. 

Que par sept fois, 

Entre mes doigts, 

Dans le feu glisse 
L'ambre qui, tour à tour, 
Nous affame d'amour v 

Et nous en grise! 



— 61 — 

Feu clair et chantant, je te veux ! 
Réchauffe ma chair de ta flamme. 
Caresse mon front, mes cheveux! 
Et par la porte de mes yeux, 
Feu I descends jusqu'à mon âme ! 
Ton baiser brûlant, on le senti 
Il marque la place qu'il touche, 
Il fait courir, plus chaud, mon sang 
Et me livre au désir croissant 
De le sentir brûler ma bouche ! 

Ghœar. 

Et nous voici, le cœur fumant 
De désirs qui brûlent nos moelles ! 
En aucun jour, aucun moment. 
Avant toi, jamais un amant 
Ne nous mit au cœur tant d'étoiles. 
Et nous voici toutes à toi 
Pour notre joie et notre perte. 
Nous venons vers toi, notre roi, 
Sans vaine pudeur, sans effroi, 
Les seins dressés, la chair offerte. 

(Danse générale.) 

DANSi: DES ROSES 

(Danse lenie,) 

La danseuse lève les yeux. Sa poitrine aspire Tair. Elle regarde fixe- 
ment le ciel, et montrant de la main un point lumineux qui semble 
rappeler, elle veut y aller, voler vers lui ; mais les bras ne sont pas 
des ailes et le corps tient à la terre. Le ciel Tattire, la terre la retient, 
et c'est une lutte entre Tidéal et le réel qui se la disputent. Mais il 
semble que celui-ci triomphe, car la danseuse, lasse d'essayer d'ab- 
sentes ailes, baisse la tête, accablée. Et voici (]u'à ses pieds elle aper- 
çoit deux longues branches jumelles d'un rosier chargé de fleurs. EUe 
s'y penche, d'abord avec précipitation, étonnée et ravie. Puis elle 
s'arrete, hésite, regarde le ciel, lait encore le geste de quitter la terre. 
Mais elle sent comme une main qui la tire. Elle s'effraie, se retourne... 
C'est un pan de sa tunique qui est accroché au rosier. Elle sourit de 




réelle. Et le bas du corps pris par lea deux branch«8 du rosier, elle 
donne des caresses aux roses et en reçoit. Les égratignures qu'elle se 
fait aux épines lui sont douces , la douleur qu'elle en ressent lui 
est volupté. Enfin, en serrant soua chaque bras le& deux extrémités 
des branches, un peu renversée en arrière, les hanches mouvantes, les 
seins dressés, la gorge haletante : elle aime comme elle est aimée... 



DANSE GENERALE &t i'QRTEGiS DE NOCES 

Premier Chœur de Femmes. 

(Dans l'intérieur de la tente, entourant Abla.) 

La sombre nuit de tes cheveux 
D'étoiles d'or est parsemée I 
De mille arômes précieux 
Nos doigts savants l'ont parfumée I 

Deuxième Ctour. 

C'est tout le droit que prit notre art! 
Et quelle main assez osée 
Eût voulu cacher «ous le fard 
L'éclat de la belle épousée? 

Premier Chœur. 

Ses yeux n'ont pas besoin de kohl, 
Ni de carmin sa peau rosée. 
Brûlons du sel dans l'alcool 
Pour le bonheur de Tépousée ! 

Leila. 

Ei-ha! 
Fille de Malek, frais bouton de fleur ! 

Ei-ha! 
Au soldl d'amour entr'ouvre ton cœur I 



- 63 - 

Et veuille le ciel qu'en fleur transformée, 
Tu gardes toujours ton âme fermée 
Aux guêpes, frelons, abeilles, fourmis ! 

Ei-hal 
Les amants des fleurs sont leurs ennemis ! 

Tontas 6iis«mble. 
Lu! Lui Lui Lu! 

(La tête du cortège parait au seuil de la tente. Des joueurs de 
sabre et de lance et des porteurs de torches le précèdent» les hommes 
prennent les devants, les danseuses suivent en dansant, et le cor- 
tège, lentement, prend taltée qui conduit à la tente de l'époux,) 

Chœnr des Pemmss da Gortdge, s'éUngnant. 

Prtmier Ghœar. 

Va, marche vers ton rêve! 
L*attente devient brève! 
L'aube d'amour se lève, 
Ouvre-lui grand ton coeur ! 

Deiuddme Chœur. 

Bouton pressé d'éclore, 
Que la pudeur colore ! 
Les feux de ton aurore 
T'ont faite déjà fleur ! 

SCÈNE VI 
Amarat, puis Zobeir. 

Amarat. 

Leurs cris avivent ma blessure, 
Je voudrais fuir et ûe le puis. 
Malgré ma torture, je suis 
Avide encore de torture ; 
Mon oœur me traîne et je le suis ! 



— 6^ - 
(A Zobeir, qui le suit,) 

Ah I Zobeir I C'est trop tard ! Le fauve 
Avec sa victime se sauve ! 
Malek, lâchement^ me trahit. 
Tout est fini ! Tout est fini ! 

Zobeir. 

lies noces de ce soir seront des funérailles 

Demain, si tu le veux!... 

Amarat. 

Si je veux!... Ehl tu railles. 
Si tu pouvais voir dans mes yeuxl... 
MaiSy dans mon horrible détresse. 
Oui, j'arrive à douter de ton adresse. 

Zobeir. 

Je suis aveugle, mais ma flèche cependant, 

Tu le sais, jamais ne dévie. 
Et tu sais que celui que mon oreille entend 

N'a plus aucun droit à la vie. 
Je suis aveugle, mais il faut qu'on le soit pour 

Frapper sans pitié l'adversaire. 
Vois le Destin, la Mort, la Haine, vois l'Amour! 

Ils sont comme moi. Vois la Guerre! 
Ils sont aveugles ; mais malgré leurs yeux éteints, 

De leurs victimes vois le nombre! 
Prête à mes yeux la lumière des tiens ! 

L'aube de demain sera sombre ! 

(Ils se dirigent vers l'oasis, pendant que le cortège des noces 
revient, précédé, comme au départ, par les hommes, les dan- 
seuses^ etc.) 

(Danses et jeux,) 

FIN DE l'acte deuxième 



ACTE III 



C'est la nuit tombante; un vent violent charrie de gros nuages noirs, 
qui feront la nuit tantôt sombre et tantôt claire. Des montagnes for- 
ment le fond, avec, à peine, des échancrures découvrant le ciel ; des 
rochers, épars un peu partout, donnent au premier plan un aspect 
chaotique. Un torrent, descendant de la montagne, coupe la scène de 
haut en bas, avec un retour à gauche. Quelques buissons aux pieds et 
aux flancs des masses rocheuses ; çà et là, des lauriers roses, princi- 
palement le long du torrent. 

Au deuxième plan, à gauche, des falaises à pic; plus à gauche 
encore, d'autres rochers et des buissons. Â droite, l'autre bord du 
torrent, semé, au premier plan, de rochers bas devant l'entrée du 
défilé. Un gros rocher, suspendu au bord du torrent, y donne accès 
de ce côté. Au loin, à droite, le camp d'Ântar, qui se trahira par des 
rumeurs et des feux allumés, quand il fera nuit. 



SCÈNE PREMIÈRE 

Zobeir, Amarat. 

Au lever du rideau, la scène est vide, Cest le court crépuscule 
avant la nuit tombante. Éclairs et tonnerre lointain. Du camp 
d'Antar monte une lente et plaintive mélopée. 

Sur la fin de lu musique de scène, apparaissent Zobeir et 
Amarat, enveloppés de manteaux sombres, Zobeir a, au côté 
gauche, pendus à son cou par une corde noire en poil de chameau y 
un arc et un étui à flèches, fait de feuilles de palmiers tressées et 
recouvert de cuir en forme de cerceaux, 

\ 
Amarat. 

C'est là son camp. Ah I l'heure est grave. 
Songe ! Si cet ancien esclave 
Passe ce défilé demain, 
11 nous échappe de la main. 

4. 



— 66 



Zobeir. 



Ah ! pourquoi m'as-tu fait attendre 
Jusqu'à présent, sans oser prendre 
De parti? 
(Avec un farouche désespoir,) 

Ah! mes yeux! mes pauvres yeux contraints 
A 8*aider d'autres yeuxl Si vos foyers éteints 
Pouvaient se rallumer un jour, une heure encore!... 
£ntr'ouvre-les, ô ciel! pour ensuite les clore 
Éternellement. Ah!... 

Amarat, de Vautre côté du torrent. 

Mais dans les terrains nus 

Qu'aurions-nous pu tenter, Zobeir, sans être vus? 

Tandis qu'ici je vais pouvoir cacher mes hommes... 

Déjà, nous deux, au bord de ce torrent, nous sommes 

A deux pas de son camp... Sens-tu ce gros rocher 

Où tu t'adosses? 

Zobeir. 
Oui... 

Amarat. 

Son bloc peut te cacher. 
Il est au bord de la rivière. 
L'autre bord est tout près derrière. 
Entre ce bord et l'autre bord, 
Rien qui puisse arrêter la mort. 

Zobeir. 

Quelle est, d'ici là, la distance? 

Amarat. 
A peine deux longueurs de lance. 



-67 - 

Zobeir. 

C'est bon. Val parsl Et laisse*moi. 

(Les feux du camp s'allument et l'on aperçoit Antarf debout ^ au 
milieu de ses hommes.) 

Amarat. 

Attends! C'est Antar que je vois. 
Le feu le rend rouge.... 

Zobeir. 

Un présage!... 

Amarat. 

On va crier sur son passage. 

(On entend des cris de « Vive Antar! » que Vécho des montagnes 
répercute et roule en sourdes sonorités.) 

Amarat, observant par dessta le grand rocher. 
Il vient, il vient! De notre côté!... 

Zobtir. 



Seul? 



Amarat. 

Non ! . . . Une forme blanche. . . 

Zobeir. 

... Son linceul! 

Amarat. 

Le ciel est avec nous. Écoute! 
Au bord de ce torrent, sans doute, 
Ds vont venir rôver ce soir ; 
Un rocher invite à s'asseoir, 
Là, tout près. Et la nuit est sombre. 
Adieu ! . . . Profite de son ombre. 



— 68 - 

Zobeir. 

J'entends déjà leurs voix. 
L'insondable destin les mène jusqu'à moi. 

(Amarat disparaît. Zobeir reste seul, blotti derrière le rocher 
qui surplombe le torrent. On aperçoity s'avançant lentement, la 
main dans la main, Antar et Abla.) 

SCÈNE II 
Antar, Abla, Zobeir, puis Cheybonb. 

Antar. 

Souris, afin que le chemin s'éclaire 
Devant nous... 
(Il la porte et lui fait traverser jusqu'au terrain plat.) 

Tu me parais plus légère 
Qu'un fil de soie ou qu'une fleur, 
Et, doucement, je te dépose 
Près de ce petit laurier-rose. 
Où règne un peu plus de fraîcheur. 
Et maintenant, dis-moi si tu regrettes 
Ton joli nid de l'oasis? 

Abla. 

Antar, mon nid est où vous êtes. 
Et je n'ai pas d'autre pays. 
Et, cependant, je me rappelle 
La petite oasis si belle 
S'effaçant au déclin du jour! 
Ah I comme tu l'as bien dépeinte, 
En mots doux comme une complainte 
Ou comme une chanson d'amour ! 
«... On dirait un tendre visage, 
Ou, dans un souriant mirage, 



-69 - 

Sur For du sable, un bouquet vert! 

Bouquet charmant et minuscule 

Faisant sourire, au crépuscule. 

Le front sévère du désert! » 
De Toasis, ainsi, j'ai pris avec moi Tâme : 
Mon temps de jeune fille et mon matin de femme. 

(Zoheir ayant jeté quelques pierres amassés devant lui, dans le 
lit du torrent.) 

Quel est ce bruit? 
Là, là ! derrière ! 

Antar. 

Mais c'est, dans la nuit. 
Quelque pierre 
Roulant sous le pied d'un chacal. 

Abla. 

C'est peut-être un signal ! . . , 
... Et là, plus loin, qtielle est cette ombre? 

Antar, riarU, 
C'est un rocher. . . Peureuse I 

Abla. 

Ah ! la nuit est trop sombre ! 
Je ne sais ce que j'ai ce soir. 
Tout semble fait pour m'émouvoir... 
Ce ciel lourd... Cette nuit sans lune... 
Rentrons, mon bien-aimé. 

Antar. 

La nuit s'est faite brune 
Pour te laisser briller... Reste un moment. 
Ce coin, par toi, devient un coin de firmament... 



- 70 - 

Ne te semble-t^il pas que notre amour pactise 
Avec d'autres amours qui passent dans la brise? 
Le vent libre fait mieux vibrer les mots d'amour. 
Âbla^ restons ainsi. 

Abla, s*abandonnant. 

Si tu veux, jusqu'au jour 1 
Une acre odeur de myrrhe 
Est partout répandue, et l'air que l'on respire 
Est imprégné d'amour et lourd de baisers I Sens ! 
Les âmes des amants ont un parfum d'encens. 

Antar. 

parfum qui délivre 
Les cœurs. 
Et fait, des âmes qu'il enivre. 

Des sœurs I 
Son miel, que sur ma lèvre 
Je sens. 
Fait pourtant bouillonner de fièvre 

Mon sang ! 
Extase qu'on voudrait éternelle I Agonie 
Du cœur, qui rend la mort plus douce que la vie! 
Nuit dont les purs flambeaux font un matin pareil 
A celui qui vit naître le soleil ! 

Abla. 

Dans l'extase des sens et le néant des choses, 
Par un chemin semé de jasmins et de roses, 

Doucement on descend I 
Le bonheur nous inonde 
Et fait, 
De nos cœurs amoureux, un monde 

Parfait. 



— 71 — 

Qu'importe la durée 
Du jour, 
Si Taube. qu'oa vit e«t dorée 

D'amour ! 

Tous Deux, enlacés. 

joie initiale. 
Chère nuit nuptiale ! 

(Zobeir pousse dans le torrent quelques pierres amoncelées autour 
de lui. Il a mis un genou en terre ety courbé en deux, le bas du 
corps caché par un buisson, il attend.) 

Abla, se dégageant de Vétreinte. 
Encor ce bruit 1 J'ai peur I J'ai peur ! , 

Antar, d'un bond au bord du torrenU 

Qui donc est là? 
{Zobeir tend l'oreille et tire.) 

Antar, arroehatU de son épaule tme flèche, 
qu'U jette à terre. 

Malheur à toi ! 

(Il cherche à pénétrer l'ombre, mais ne voit rien.) 

Rien !... Il est vil 
De s'abriter derrière un rocher. 

Gheyboal), accourant. 

Qu'y a^t^il ? 

Abu. 

Antar I 

Aatar, à Cheyboub. 
Un homme est là, caché dans la broussaille. 

Abla, cherchant à pénétrer l'ombre. 
Ah ! cette nuit ! Cette ombre épaisse I Une muraille I 



— 72 — 

Antar, à Cheyboub, qui, après avoir mesuré de VcbiI la largeur 
du toirent, bondit à droite et disparaît dans les rochers. 

Amène-le moi vite, et sans le maltraiter. 

Abla. 

Mon cœur avait vu clair, il fallait Técouter. 

Blessé ? 

Antar, montrant son épaule. 

Si peu. Pas même une de ces fleurs fines 
Comme un acier loyal en accroche aux poitrines 
Et comme, si souvent, la guerre en mit sur moi. 
Mon corps noir en est tout étoile... Calme-toi J 

Abla. 

Ah ! mon Antar ! 

Antar, la reconduisant du côté du camp. 

Va, rentre en paix, ma bien-aimée, 
N'emporte en ton âme calmée 
Que le doux souvenir de Theure parfumée. 

SCÈNE III 
Antar, puis Zobeir, Cheyboub. 

Antar, seul. 

Mais de quoi donc suis-je attristé ? 
Pourquoi mon cœur ainsi se serre ? 
Et quelle est cette anxiété 
Qui semble planer sur la terre ? 
Cœur de poète, tu seras 
Toujours triste, même sans cause I 
Dans tes replis tu porteras 
Toujours le deuil de quelque chose. 



- 73 - 

Qui sait? Peut-être est-ce le deuil 
D'un monde ancien, meilleur ou pire, 
Dont, avant de passer le seuil. 
Le troublant secret nous attire ! 

(On entend la voix de Cheyboub dam le fond,) 

Cheybonb, derrière le$ rochers. 

Marche donc ! Ah I tu ne peux pas ! 
La peur te rompt jambes et bras I 
Ah I Ah I tu tiens encore à vivre ! 

(Il apparaît, traînant, portant presque Zobeir.) 

Voici rhomme I je te le livre I 
Il ne voyait ni rocs, ni buissons, rien ! 
Je Tai presque porté. 

Antar. 
Pourtant, il fuyait bien ! 

Gheyboub. 

Non, il ne fuyait pas. Assis près d'une roche, 
ïl se blessa d'un coup de flèche à mon approche. 
Et maintenant qu'il fait plus clair, voyons !.,. 

(Il arrache le voile que Zobeir tenait obstinément sur sa figure.) 

Zobeir ! 

Antar. 

Zobeir ! Tu rêves? Non ! 

Gheyboub. 

C'est lui ! 

Antar. 

Le guerrier fier?... 



— 74 — 

(Il le fixe un moments) 

Qu'as-tu fait de ta lance? Ah I cache 
Ton front ; un visage de lâche 
Doit être sans doute odieux ! 
Tu redresses la taille et tu lèves les yeux ! 
Sont-ils honteux ou bien avides 
D'autres crimes ?... 

Zobeir. 

Mes yeux sont vides. 
Mes yeux sont deux trous noirs et laids. 
Lâche I Ah I C'est toi, c'est toi qui l'es ! 
Toi, qui commis cet acte infâme 
De murer à jamais mon âme 
Dans la caverne de mon corps. 

Cheyboab. 
L'accuser, lui ? 
^ Zobeir. 

Qui donc alors?... 

Antar. 

Non ! Je l'affirme ; 
Et j'ignorais qu'au pauvre infirme 
J'insultais, tout à l'heure encor. 
D'aimer la guerre qu'on m'accuse. 
J'y consens. Et j'ai pour excuse 
De ne pas fuir devant la mort ! 
Mais je ne veux pas qu'on me souille 
Et, lâchement, qu'on me dépouille 
Du seul bien qui fait ma fierté ! 
J'aime la guerre où l'on déploie 
De la force qui s'apitoie 
Et s'ennoblit par la bonté ! 
Me crois-tu ? 



1 



— 75 — 

Zobeir, troublé. 

Je cix)is !... Oui !... Je voudrais ne pas croire, 
Et je fouille en mon cœur, je fouille en ma mémoire... 
D'autres graves motifs excusaient mon forfait. 

Que sont pour TArabe, en effet, 
Et la perte des yeux et celle de la vie, 
Quand il s'agit pour lui de sauver T Arabie ! 

Antar. 

Comme on sait enlaidir la belle vérité... 
Comme on sait en cacher Fimage de beauté ! 

Écoute : 
Je veux, d'un mot, tuer en toi le doute. 
Tu fus, jadis, Tami du roi Moundhir... 

Zobeir. 

Moi ? 
Antar. 

Toil 
Et tu connus aussi les projets de ce roi. 

Zobeir, amer. 
Oui, l'Arabie unie aux mains d'un maître unique. 
C'est vrai. Mais ce ne fut qu'un rêve magnifique... 

Antar. 

Ce n'est plus maintenant un rêve. 

Zobeir. 

Quoi I 

Antar. 

Déjà 
Du joug persan le roi Moundhir se dégagea... 
Et c'est lui qu'à présent, Zobeir, je vais rejoindre... 
Et puis un autre, dont la sagesse va poindre 
Comme une aurore ; un autre ayant en lui le ciel.. 
Et dont l'esprit de Dieu rend le verbe éternel. 



— 76 — 

Ne sens-tu pas la terre émue devant ce verbe 

Que va dicter, à Thomme, un Dieu fort et superbe ? 

La terre est agitée, ainsi que les palmiers 

Du désert, sous le vent du ciel qui fertilise ; 

Et les espoirs humains, au souffle de la brise, 

Se suivent comme un vol immense de ramiers ! 

Pas un arbre où poser et reposer leurs ailes I 

Ils s'en vont au hasard, inquiets, hésitants : 

Mais le couchant se dore, et sont proches les temps 

Où le ciel jettera ses divines échelles, 

Où la terre entendra le langage sacré. 

Verbe d'or enchâssé dans l'argent des syllabes ! 

Et, des déserts sans fins, les peuplades arabes 

Surgiront au lever de leur croissant nacré ! 

Zobeir. 

Ah ! je sens, oui, je sens s'illuminer mon âme 

Par des rougeurs d'aurore et des lueurs de flamme I 

Pardon I Pardon ! 

Antar. 

Pauvre vaincu 1 Tu fus victime 
D'ennemis lâches, dont le crime 
Sera puni, sois-en certain ! 
Je prends le seul droit que me donne 
La pitié I Va, je te pardonne, 
Et t'abandonne à ton destin. 

Zobeir. 
Mon destin, c'est la mort. J'expie ! 

Antar. 

Je te fais grâce de la vie I 

Zobeir, montrant sa poitrine sanglante. 

Regarde. Il est trop tard. Je sens 
Le poison envahir mon sang. 



- 77 - 

Cheybonb, inquiet. 
Quel poison ? 

Zobeir. 

Le poison que laisse 
Ma flèche à celui qu'elle blesse ! 

Cheybonb, angoissé. 
Môme légèrement? 

Zobeir. 
Oui, vois I 

Cheybonb. 

A ce poison 
Aucun remède? Parle ! 

Zobeir. 

Non! 
Le mien n'en a pas. Il se rue 
Comme un torrent, et c'est lui qui me tue. 

Cheyboub, dans un cri. 
Misérable I Afitar est frappé I 

Zobeir, se soulevant, la figure convulsée. 

Ah I maudits soyez-vous, vous qui m'avez trompé. 
(Dans un dernier effort,) 

Ah I jusqu'au delà de la tombe. 
Que le sang du héros retombe 
Sur ceux qui me l'ont fait verser. 
Il en est un qu'il faut forcer 
Comme un loup ou comme une hyène, 
Qui de sa main arma la mienne. 



— 78 — 

Je meurs I Lâches menteurs soyez 
Maudits jusque dans vos foyers^ 
Dans vos iils et dans leurs familles, 
Et déshonorés dans vos filles I 
Il est là, le traître... Il est là. 
Fais fuir tes gens, fais fuir Abla. 

Antar. 



Fuir ? 



Zobeir. 

Pas toi ! Pourquoi ? C'est inutile... Demeure 

Antar. 
Combien de temps me reste-t-il à vivre? 

Zobeir. 

Une heure... 

Antar. 
Je suis jeune encor, je suis fort ! 

Zobeir, la voix expirante. 
N'importe!... Vois, je meurs... Pardon... 

Antar. 

Va, meurs en paix. 
(Zobeir expire aux pieds d'Ântar.) 

Cheybonb, penché sur le cadavre de Zobeir, 

Mort! 

Ah! le traître!... 

Antar. 

Pourquoi le maltraiter ? Qu'il dorme I 
Ma mort n'en changera ni d'heure, ni de forme... 
Mourir ! mourir ainsi, comme auprès d'un torrent, 
A bout de force, vient mourir un chien errant. 



— 79 — 

Sans pouvoir faire un bond encore, un bond suprême 

Pour arriver à Teau, boire la vie; et, blême, 

Rendant sa petite âme, — à. qui sait quel bourreau? — 

Il meurt de soif devant le murmure de Teau. 

Mais non, je le ferai ce bond, quoi qu'il arrive! 

Je vivrai 1 1 ! Je vivrai 1 1 1 Car il faut que je vive ! 

Fais-moi du feu, Cheyboub, vite ; dans ce feu, mets 

Des lames à rougir. Jamais 
Un poison quel qu'il soit ne résiste aux brûlures, 
Quand elles vont plus loin encore que les blessures. 
Et si je meurs, au moins, ainsi, je mourrai fier; 
J'aurai l'illusion de mourir par le fer. 

(Cheyb<yub a allumé du feu au pied d^un rocher, avec des 
broussailles et du bois mort.) 

Cheybonb. 

Mais tu ne mourras pas d'une simple blessure ! 

Ântar. 
(Désignant le cadavre de Zobeir.) 
Le poison a suivi — vois là! — sa marche sûre. 

Cheyboub. 

Non 1 Tu ne mourras pas : 
La mort n'a pas voulu de toi dans les combats. 

Antar. 

mort! mort! je te vaincrai! 
Je veux m'en aller à mon gré. 
Et choisir et mon heure et ma place ! 
(Ses yeux tombent sur le cadavre,) 

Ah! ce cadavre! Eh quoi! J'ai peur? 
Est-ce toi, vraiment, ô mon cœur. 
Que la terreur de la mort glace? 
Je n'ai jamais eu peur! J'ai peur en ce moment. 
Être brave à la guerre, est-ce l'être vraiment? 



— 80 — 

Dans le bruit, dans la fièvre, 
I^ mort nous apparaît une fleur à la lèvre ! 

Ablal J'ai mis dix ans pour t'avoir, et ma main 
Ne peut, sur ce bonheur, se refermer. Je laisse 
Aux vents de nos déserts, ta fraîcheur, ta jeunesse. 
Sans pouvoir, avec toi, poursuivre mon chemin. 

Gheyboub, accroupi devant le feu, 

Cesi déjà rouge 1 

Antar. 

Il faut, la blessure élargie, 
Y mettre sans trembler, cette lame rougie. 
Ma vie en dépend. 

Cheyboub. 

Ah I comme tu vas souffrir 1 

Antar. 

Non! Brûle I Brûle! Tiens! Je ne veux pas mourir! 

(Antar tend son épaule nue. Cheyboub retire du feu une lame 
rougie et V approche de V épaule d' Antar.) 

FIN DE l'acte troisième 



ACTE IV 



Même décor qu'au troisième acte, mais éclairé par Taube, qui donne 
aux montagnes et à toutes choses un aspect blafard. Peu à peu, des 
lueurs roses perceront la brume, et, vers la fin, le soleil illuminera 
le haut des montagnes. Quelques rayons, glissant par une échancrure 
de rochers, viendront éclairer certains points du lieu où se déroule 
Faction. 



SCÈNE PREMIÈRE 

Antar et Cheybonb. 

(Ils viennent du camp. ArUar^ vinblement défait et appuyé sur 
l'épaule de Cheyboub.) 

Gheybonb. 

Oui, ta voix tout à Theure a dissipé leur doute. 
Ceux qui restent sont prêts à se remettre en route... 
D'ailleurs, ni ceux-ci, ni ceux qui sont en avant 
Ne connaissent ton mal... Te sens-tu mieux? 

Antar. 

Le vent 
Du matin calme un peu ma fièvre. Ma brûlure 
Seule me fait souffrir... A-t-il sa sépulture, 
Le mort d'hier? 

Gheybottb. 

Oui, là, près de ces arbrisseaux. 

Antar. 
Bien I Les morts, quels qu'ils soient, ont le droit au repos. 



— 82 — 

(Après avoir examiné les lieux,) 

C'est donc près de ces rocs, dans cette large entaille, 
Que je me placerai^ comme pour la bataille, 
Tout droit sur mon cheval. Il faut qu'en arrivant, 
L'ennemi puisse voir Antar mort ou vivant... 
Maintenant, mon ami, mon compagnon, mon frère, 
Il faut nous séparer ici ; toi, pour refaire 
Ce chemin, hier encor le chemin de l'espoir. 
Et moi pour accomplir ma vie et mon devoir. 

Gheybonb. 
Mais Abla? 

Antar. 

Je l'ai vue avant que la lumière 
Lui permît, sur mes traits, de lire ma misère. 
Et j'ai pu lui parler sans que rien dans ma voix 
Décelât que c'était pour la dernière fois. 

Gheyboub. 
Frère I Pars avec elle et laisse-moi ta place I 

Antar. 
Non I Non ! Pour qu'en chemin ma mort vous embarrasse I 

Gheyboub. 

Moundhir a des savants. 

Antar. 

Il est trop tard 1 
Pourquoi donc s'avilir en se montrant avide? 
Un matin bien rempli vaut mieux qu'un grand jour vide. 
Tu pleures? Depuis quand pleure-t-on un guerrier 
Qui vide, avec honneur et gloire, l'étrier? 



- 83 - 

Gheyboub. 

Je pleure sur nous tous, sur ton pays, ta race, 
Tout ce qui va mourir de ta mort. ciel, grâce ! 

Antar. 

Sèche tes pleurs, Cheyboub ! à ton frère obéis ! 
Dans un homme jamais l'avenir d'un pays 

Ni d'un peuple ne se résume! 
La plume, que le vent arrache aux aigles fiers, 
N'arrête pas leur vol altier vers les éclairs I 

Et je ne suis, que cette plume I 

Cheyboub. 
frère I Non, pas pour les tiens I 

Antar. 

Pour tous, et même pour les miens ! 
La douleur sera vive et sans doute profonde. 
Mais, pour naître ou créer, tout soufifre dans le monde, 
Même la graine pour germer pourrit d'abord. 
Car la vie est un fruit de l'arbre de la mort. 
Va! Pars! Tu me verras un jour prochain peut-être, 
Du noir sillon que fait ma mort, réapparaître 
En un autre moi-même... 

Il faut partir; je sens 
Que, farouche, la mort n'attendra pas longtemps. 
(Cheyboub se soumet et sort.) 

SCÈNE II 

Antar seuL Cheyboub s'éloigrw. 

(Bruit de c(mvoi en marche s' engageant dans le défilé. On entend 
Cheyboub hélant les gens du convoi et ceusnA lui répondre, le 
défilé commence, et du premier groupe disparu arrive une musique , 
d'abord proche et bruyante, puis lointaine,) 



— 84 — 

Cheyboiib, au loin. 

Allons! Les premiers prêts, en tête, 
Par cette échancrure du roc. 
Il est tard! Voyez! comme un coq, 
Le jour montre déjà sa crête! 
Antar vous voit. Prenez-y garde! 
Jouez, roseaux! Et toi, le Barde, 
' Entonne un chant vif et joyeux ! 

(Le$ roseaux jouent eî le convoi se met en marche.) 

Tons. 
Vive Antar, le Victorieux! 

Antar. 

Que le voyage soit joyeux. 
A bientôt, amis, bonne route ! 

Tous. 

Vive! vive Antar! Vive Antar! 

Antar. 

Voici rinstant que je redoute! 
Ah I la douleur de ce départ ! 

Tons. 
A toi bonheur et longue vie! 

Cheybonb, revenant avec le cheval d' Antar tout harnaché. 

Ils ignorent! Je les envie! 

(On entend au loin la voix éCAhla, chantant sa lente et plaintive 
mélopée du premier acte,) 



— 85 — 

Antar. 
Elle part tranquille et sereine. 

De plus en plus elle est lointaine. 
Elle part sans savoir I... Autant pour m'obéir 
Que pour ne pas laisser l'avenir me trahir... 
Pars ! Tu ne pars pas seule, Abla I Car, pour te suivre. 
Mon âme, de mon corps, voudra qu'on la délivre ! 
Et je te donnerai les heures et les jours 
Que depuis notre enfance ont tissés nos amours. 
Pour les semer autour de toi, de telle sorte 
Que ma vie, en lambeaux, te servira d'escorte I 
...Plus tard, je veillerai, sur vous tous, de plus haut ! 



SCÈNE III 
Antar, Gheyboab, puis Antar seul. 

Antar. 

Mon bon Cheyboub, il faut la rejoindre au plus tôt. 

(Il remonte du côté de son cheval, s'aidant de Vépaule de son 
frère,) 

Allons I je suis armé comme pour la bataille. 
C'est ma dernière. Il faut en guerrier que j'y aille. 

(Près du cheval, sur lequel il s'appuie,) 

Et puis, bardé d'acier, le corps n'a plus le droit. 
Après même la mort, de ne pas rester droit. 
Embrassons-nous, Cheyboub, frère et compagnon d'armes, 
Sans faiblesse et sans vains regrets I même sans larmes I 

(Ils s'embrassent. Cheyboub, étouffant ses sanglots, obéit au geste 
d'Antar et s'en va, sans dire un mot, courbé en deux,) 



— 86 - 

Je mourrai sans témoin. C'est bien ainsi. C'est mieux. 
Je puis dire à présent ma douleur, et mes yeux 
Peuvent pleurer aussi sans faire pleurer d'autres. 

(// ê'adosse à un rocher.) 

Mes forces manquent : mais J'en ai doublé les vôtres. 
Nul de vous ne m'aura vu faiblir ni souflTrir. 

(Un rayon de ioleil perce la brunie et vient le frapper au 
visage.) 

Le soleil ! Comme nous, tu nais pour voir mourir. 
Va plutôt vers les miens, soleil, fais-leur cortège. 
Et dis-leur que, vivant ou mort, je les protège ! 

Adieu I rêve d'amour et d'avenir I Adieu ! 

Ah I je sens que le froid m'envahit peu à peu. 

Mes yeux se troublent. Quoi ? C'est déjà ton étreinte, 

mort I Attends I C'est moi qui t'étreindrai sans crainte, 

Mais à cheval et lance au poing, comme autrefois, 

Quand je te contraignais d'obéir à ma voix 

Et quand mon bras guidait ta marche aveugle et folle. 

(Il va d'un pas chancelant, tâiant Vair de ses bras, comme un 
aveugle, jusqu'à son cheval. Il y monte par un effert suprême.) 

Et maintenant, mon âme, ouvre tes ailes, vole I 

11 semble que je dors d'un sommeil conscient. 
Je vois un vol d'oiseau qui vient de l'Orient !... 
...Il s'approche, il m'entoure, il passe et puis repasse I 
Mais c'est ma vie I ma vie entière qui m'enlace 
Comme un linceul, des joure que j'ai vécus, tissé ! 
Jours de rêve I d'amour ! de lutte ! Le passé 
Se déroule. Je vois où mon linceul commence. 
Oh ! vos fils sont de soie et d'or, jours de l'enfance ! 



- 87 - 

Seuls vous êtes ainsi, brillants et purs, seuls I Seuls ! 
...C'est donc nous qui tissons, nous-mêmes, nos linceuls ! 
...Cest bien le mien ! La mort de ses doigts le replie I 
Elle m'ensevelit dans les plis de ma vie !... 
...Reste immobile, Abjar... Il faut qu'en arrivant... 
L'ennemi... voie Antar... prêt... 

(Son dernier souffle s'exhale dans un dernier effort, La tête s'in- 
cliney mais le corps reste droit, appuyé d^un côté sur le rocker, de 
Vautre sur la lance q[aiy en fléchissant sous le poids du corps, lui 
donne un certain balancement. En ce nimnent, du premier plan, à 
gauche, sortent de toutes parts, et en grand nombre, des hommes 
armés de lances et de sabres, Amarat est à leur tète. Tout à coup, 
en levant les yeux, Amarat voit, éclairé par un rayon de soleil, 
Varmure rutilante, Antar à cheval,) 

Amarat. 

Ah ! Vivant ! Vivant 1 

(Tous fuient, et Amarat les suit, à reculons, les yeux pleins 
d'épouvante et de désespoir,) 



FIN 



( 



PARAIT TOUS LES VENDREDIS 

(Bureaux : a bis^ rue Vwienne, Paris, 2*) 

LE MÉNESTREL 

Journal hebdomadaire 



Le N» 75 cent. 

{TtxU $eul) 



MUSIQUB ET ThÂATIISS 

JACQUES HEUGEL, Directeur 



^»w»^»ww<^^^/v%/\^^ 



Le N* 75 cent. 

(Texte teul) 



QUATRE MODES D'ABONNEMENT 

(à tannée seulement) 

!•' MoDB. — TEXTE SEUL 

Un an, Paris et province 20 francs. 

2* Mode. — TEXTE ET MUSIQUE DE PTANO 
Comprenant le journal-texte, vingt'Six morceaux pour piano envoyés de quin- 
zaine en quinzaine, et des partitions ou albums-primes au i*^ janvier. 

Un an, Paris et Province 40 francs. 

3- Mode. - TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT 

Comprenant le journal-texte, vingt-^ix morceaux de chant envoyés de quinzaine 

en quinzaine, et des partitions ou albums-primes au i** janvier. 

Un an, Paris et Province 40 francs. 

4* Mode. — ABONNEMENT COMPLET 
Comprenant le journal-texte, les cinauante-deux morceaux de piano et de chant 

et les partitions ou albums-primes au i*' janvier. 
Un an, Paris et Province 60 francs. 

Pour l'étranger, les frais de port et d^envoi en plus : 
Texte seul 3 francs. Texte et musique de piano. Texte et musique de chant 5 francs 

plus I fr. 5o c. pour Tenvoi de la prime. 
Abonnement complet 6 fr. 5o c, plus 3 francs pour renvoi de la prime. 

EN PROVINCE on s'abonne dans tous les bureaux de poste, chez tous les 
Libraires et Marchands de Musique, ou par une lettre adressée franco aux 
bureaux du Ménestrel^ rue Vivienne, n» 2 biSy Paris. 

On s'incrit du i*' de chaque mois. — Sauf pour les années 1914 et 1919, 
les cinquante-deux numéros de chaque année — texte et musique — 
forment collection. 

LE MÉNESTREL parait tous les vendredis, douze ou huit pages de 
texte raisin, avec couverture. Il contient des étuaes biographiques, des nou- 
velles musicales et littéraires, la chronique des théâtres, le compte rendu 
des pièces nouvelles, des concerts et des salons de peinture et de sculpture, 
la revue critique et les annonces des publications en vogue. 

Indépendamment des partitions et albums pour chant et piano donnés 
en prime aux abonnés (texte et musique^, LE MÉNESTREL publie 
annuellement : d'une part, pour ses abonnes à la musique de Chant es 
meilleures Scènes, Mélodies, Chansons, etc., de nos auteurs en ren 1 ; 
et d'autre part, pour ses abonnés à la musique de Piano, le cl le 
plus complet des Morceaux, Fantaisies, Transcriptions et DanseL la 
saison. 

UfPRIXBaiE GHAIX, RUE BERGÈRE, 20, PARIS, — 1583011 -21. — (SOCTB LOTiUeUl 



>* * 



Hn vente AU MÉNESTREL, 2 bis^ rue Vivienne, Paris (i-^) 
Hkugel, Éditeur-Propriétaire pour tous pays 



ANTAR 



CONTE HEROÏQUE EN QUATRE ACTES ET CINQ TABLEAUX 

de CHEKRI GANEM 
Musique de Gabriel DUPONT 



Partition piano et ohant Prix net : 20 francs 



CHEZ LE MÊME ÉDITEUR, les opéras, drames lyriques, opéras-comiques 



Adam. Cagliostro, 3 a. 

— Richard en Palestine, 3 a. 
AuBER. Gustave III; 5 a. 

— La Fiancée du Roi de 
Garbe, 3 a. 

Beethoven. Fidelio, 3 a. 

— Les Ruines d'Athènes et Le 
Roi Estienne. 

Hemberg. Baiserde Su^on, la. 
BloCkx. La Chapelle I a. 

— La Fiancée de la mer, 3 a. 
— Princesse d'auberge,"}» a, 4 t. 

— 77»// Urlenspiegel. 3a, 4t. 

BoiELDiEU./^ Calife de Bag- 
dad, i a. 

— Jean de Paris, 2 a. 

— Ma tante Aurore. 2 a. 
BoRDOGNi. Lola, la. 
Charpentier. Louise 4a, 3t. 
Cherubini. Les deux Jour- 
nées, 3 a. 

— Elisa, 3 a. 

— Lodoisha, 3 a. 
Cui. Le Flibustier, 3 a. 
David. Perle du Brésil, 3 a. 
DEL.IBES. Jean de Nivelle. 3 a. 

— Kassya, 4 a. 

— Lakmé, 3 a. 

— U Roi l'a dit, 3 a. 
Dubois. Aben-Hamet, 4 a. 

— La Gu^la de l'Emir, 1 a. 

— Xavière, 3 a. 
Dupont. La Farce du Cu- 

vier, 2 a. 

— La Glu, 4 a, 3 t. 
DuPRATO. La Fiancée de 

Corinthe, l a. 
DuPRÉ. Joanita, 3 a. 
FaurÉ. Pénélope, 3 a. 
Février. Carmosine, 4 a. 

— La Damnation de Blan- 
chetleur, 2 a. 

— Gis monda, 4 a. 

— L'Ile désenchantée, 2 a. 

— Monna Vanna, 4 a. 

— Le Roi avcuiile, 2 a. 
Gautier. La Clé d'or, 3 a. 
GiorDANO. a. Chénier, 4 a. 
Gluck. Alceste, 3 a. 

— Orphée, 4 a. 
GrÉtry. Richard Cœur-de 

Lion, 3 a. 
Hahn. La C armante. Am». St. 



IMPRII 



61 

07/05 



Hahn, La Colombe de Bou- 
ddha I a. 

— L'Ile du Rêve, 3 a. 

— Nausicaa, 2 a. 
Hartog. L'Amour et son 

Hôte, i a. 
Jaques-Dalcroze. Le Bon- 
homme Jadis, I a. 

— Jumeaux de Bergame, 2 a. 
Keil. Dona Branca, 4 a. 
Lalo. Le Roi d'Ys, 3 a. 
Lambert. Brocéliande, 4 , 

bt. 
Lefebvre. Le Trésor, i a. 
Limnander. Le Château de 

la Barbe-Bleue, 3 a. 

— Les Monténégrins, 3 a. 
Machado. Lauriane, 4 a. 
Maingueneau. Ninon de 

Lenclos, 4 a. 
Mascagni. L'Ami Frit^, 3a. 

— Cavalleria rusticana, 2 a. 
Massé. Paul et Virginie, 3 a. 

6 t. 
MassenEt. Ariane, 5 a. 

— Bacchus. 3 a. 

— Cendrillon, 4 a. 

— Chérubin, 3 a. 

— Le Cid, 4 a., lo t. 

— Cléopâtre, 4 a., 5 t, 

— Don César de Ba^an, 4 a. 

— Don Quichotte, 3 a. 

— Esclarmonde, 4 a., 8 t. 

— Grisélidis, 3 a., 4 t. 

— Hérodiade, 4 a., 7 t, 

— Le Jongleur de Notre- 
Dame, 3 a. 

— Le Mage, 3 a. 
— Manon, 3 a. 

— Marie-Madeleine, 3 a. 

— La Navarraise, 2 a, 

— Panurge, 3 a. 

— Le Portrait de Manon, I a. 

— Le Roi de Lahore, 3 a. 

— Roma, 3 a. 

— Sapho, 3 a. 

— Thaïs, 3 a., 7 t. 

— Thérèse, 2 a. 

— Werther, 4 a. 
Méhul. Joseph, 3 a, 
Mercadante. Léonora, 4 a 
Missa. L'Hôte, 3 a. 
Monsigny. Le Déserteur, 3 a. 
MoRKT» Loren zacci o.4a . 11 1. 



» 1321 

31150-71 HLB 




Mozart. Don Juan, 5 a. 

— La Flûte enchantée,^ a. 

— L'Oie du Caire, 2 a. 
Olagnier. La Sais, 4 a. 
Ollone (D*). Le Retour 2 a. 
Paisiello. Le Barbier de 

Sévi lie, 4 a. 
Pedrotti. Florina, 2 a. 
PlERNÉ. On ne badine pas 

avec l'amour, 4 a. 
PiLATi et Flotow. Le Nau- 
frage de la Méduse, 4 a. 
PoiSE. I^es Deux Billets, l a, 
PUGET. Beaucoup de bruit 

pour rien, 4 a., 3 t. 
Raspail. Le Sabbat pour rire, 

I a. 
Reyer. Sigurd, 4 a., 9 t. 
Ricci. Docteur rose, 3 a., 4 1. 
R1CHEPIN. La Marchande 

d'allumettes, 3 a. 
RossiNi. Le Barbier de Sé- 

ville, 4 a. 

— Bruschino, 2 a. 

— Othello, 3 a. 

— Sémiramis, '4 a. 
RuBiNSTEiN. Le Démon, 3 a. 

— Néron, 4 a., 7 t. 
Schubert. La Croisade des 

dames, 1 a. 
Stadler. Le Bois deDaphné , 

I a. 
Thomas. Le Caïd, 2 a. 

— La Cour de Célimène, 2 a. 

— Françoise de Rimini, 4 a. 

— Hajnlei, 3 a, 

— Mignon, 3 a. 

— Le Panier jleuri, I a. 

— Psyché, 4 a. 

— Raymond, 3 a. 

— Songe d'une nuit d'été, 3 A, 

— Le l'onelli, 2 a. 
Vercken. Pierrot fantomt, 

I a. 
Verdi. Le Bal masqué, 4 a. 

— Jérusalem, 4 a. 
Vidal. Eros, 3 a., 5 t. 
VoGEL. La Moissonneuse, 4S^. 
Weckerlin. La Laitière de 

Trianon, l a. 

— L'Organiste, I a. 
WiDOR. A/« Ambros, 4 a. ,3 t. 

— Les Pêcheurs de Saint- 
Jean, 4 a. 



— 15832- Il -21. — (Encre Lorflleoi). 



) 




IfUSIC UBRÂKY 



DATE DUE 


































































































STANFORD UNIVERSIH LIBRARIES 

STANFORD, CA 94305-6004 



0CT2